Les errances du CCI sur les rapports inter-impérialistes + Annexes

Publi? le 14 juin 2022 dans Guerre et impérialisme


 

La guerre en Ukraine a le ‘mérite’ de bien délimiter les internationalistes de tous ceux qui prennent fait et cause pour l’un des deux camps en présence. De par ses prises de position sur ce conflit, le Courant Communiste International (CCI) fait partie de ce ‘troisième camp’ comme l’appelait Pierre Lanneret dans sa recension des positions révolutionnaires durant la seconde guerre mondiale. Mais ce conflit a un autre ‘mérite’ : celui consistant à tester les fondements théoriques des analyses en présence. Or, sur ce plan, la guerre en Ukraine illustre les incohérences béantes des ‘analyses’ de cette organisation dont elle tente vainement de recoller les morceaux dans un article ‘cadre’ intitulé : Signification et impact de la guerre en Ukraine.

 

Les rapports inter-impérialistes depuis 1945

 

Pour ce groupe, l’opposition entre les blocs et la menace nucléaire mutuelle durant la guerre froide permettaient de maintenir la discipline en leurs seins, alors que la chute du mur de Berlin en 1989 aurait, de facto, dissout leur raison d’existence et donc fait disparaitre toute discipline dans ce qui restait de l’OTAN. Désormais, le capitalisme s’enfoncerait dans une période de décomposition où le chacun pour soi ferait obstacle à la reconstitution de blocs impérialistes en vue d’une troisième guerre mondiale.

En réalité, cette thèse n’est qu’une vue de l’esprit, à la fois pour des raisons théoriques mais aussi et surtout parce qu’elle ne repose sur aucune base matérielle comme nous allons le développer.

Tout d’abord, cette analyse oublie qu’une alliance impérialiste n’est pas un mariage d’amour mais de raison et, qu’à ce titre, les tensions en son sein lui sont consubstantielles et permanentes. Autrement dit, il ne sert à rien d’aligner des exemples de dissensions au sein de l’OTAN comme le fait longuement cet article afin de tenter de valider la phase de décomposition du capitalisme et l’éclatement du chacun pour soi puisque ces exemples constituent l’arrière-fond naturel et permanent des alliances impérialistes !

Ainsi, si cette organisation se fait un malin plaisir à lister toutes les petites bisbrouilles au sein de l’OTAN pour tenter d’accréditer ses thèses … elle est significativement muette sur une liste toute aussi longue de tensions et crises aigues durant la guerre froide au cours de laquelle la discipline de blocs aurait dû les contenir d’après le CCI. En voici les plus importantes :

Selon la théorie du CCI, de telles bisbrouilles – et non des moindres comme le départ de la Grèce, la désertion française du commandement intégré de l’OTAN, la guerre gréco-turque et les multiples tensions en son sein – auraient dû logiquement se manifester après 1989 et pas avant … manque de chance pour cette organisation, c’est bien durant la guerre froide censée imposer une discipline de blocs qu’elles ont pris place ! Le comportement de la France est un beau contre-exemple à la théorie du CCI puisque ce pays claque la porte en 1966 (en pleine période de discipline des blocs) et réintègre le commandement intégré en 2009, càd durant ladite période de chacun pour soi !

Certes, il est vrai qu’avec l’implosion du bloc de l’Est en 1989, la raison d’être du bloc occidental, et donc de l’OTAN, perdait en acquitté … mais pas au point de disparaître comme l’affirme le CCI. En effet : (a) la nécessité pour les Etats-Unis de garder sa place de première puissance mondiale ; (b) le maintien de la menace nucléaire soviétique et (c) l’instrumentalisation de nouveaux dangers (l’islamisme politique) constituent autant de dynamiques qui ont pu maintenir le bloc occidental et l’OTAN en tant que tel malgré ses divergences internes.

Il est vrai aussi que, comme dans toute alliance impérialiste, l’OTAN a connu des hauts et des bas. Ainsi, en janvier 2017, Trump a même menacé d’en retirer les Etats-Unis [1] et Macron la jugeait « en état de mort cérébrale » [2]. Mais toutes ces bisbrouilles n’ont jamais été plus que des piqures de moustiques sur une peau d’éléphant car l’OTAN n’a jamais été paralysée : elle a toujours été pleinement opérationnelle, elle a même étendu sa sphère de contrôle mondiale avec le maintien en état d’alerte permanent de plus de 800 bases militaires déployées dans 177 pays, elle n’a pas manqué d’intervenir selon ses intérêts en s’élargissant à de très nombreux pays de l’ancien bloc de l’Est et même d’anciennes républiques de l’URSS, elle est massivement intervenue en Yougoslavie, au Moyen et Extrême-Orient (Libye, Afghanistan), etc.

Plus, chose totalement incompréhensible pour la théorie du CCI, les premières opérations militaires de l’OTAN ont été entreprises APRES la fin de l’affrontement entre les deux blocs de l’Ouest et de l’Est et non pas avant comme l’indique précisément Wikipedia : « Bien que l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) ait été présente tout au long de la guerre froide opposée au Pacte de Varsovie et ait mené des exercices militaires conjoints, aucune opération militaire n’a eu lieu. Ces dernières se sont produites après la guerre froide... » et d’en donner la liste : ex-Yougoslavie, Kosovo, Afghanistan, Libye, Turquie. ! Disparition du bloc de l’Ouest après 1989 avez-vous dit ?

De surcroît, l’OTAN se renforce spectaculairement aujourd’hui avec la guerre en Ukraine via de nouvelles adhésions, un accroissement notable de son financement, des contrats mirobolants d’armements pour les Américains, une dépendance économique et militaire accrue de l’Europe envers les Etats-Unis, etc. Il n’y a donc là aucun élément matériel pour soutenir la thèse d’une disparition du bloc occidental ou même de son affaiblissement. Même les contributeurs de Wikipedia avec toutes leurs illusions sont bien plus réalistes que le CCI sur ce point : « La fin de la guerre froide en 1991, consécutive à la chute du mur de Berlin en 1989, à l’écroulement de l’URSS et à la dissolution du pacte de Varsovie, l’adversaire ‘naturel’ de l’Alliance atlantique, pose la question du devenir de l’Alliance : selon les critères habituels des relations internationales, elle aurait dû disparaître faute d’adversaire, mais elle va réussir à assurer sa pérennité grâce à la solidité du lien qui unit ses membres, à la crainte de la plupart des Européens de devoir assurer leur sécurité sans les États-Unis et en se trouvant très rapidement de nouvelles missions ».

 

Phase de décomposition ou décomposition de la théorie ?

 

Plus fondamentalement, c’est l’arrière fond de l’analyse du CCI qui est totalement erronée, à savoir que le capitalisme serait entré dans une phase de décomposition à la suite du blocage du rapport de force entre les classes durant lesdites « années de vérité » (les années 1980 dans la ‘théorie’ du CCI). Elle est totalement erronée car, à nouveau, elle ne repose sur aucune base matérielle comme en atteste le graphique suivant qui représente un indice synthétique des conflits sociaux dans seize grands pays développés, indice quantitatif qui montre que, loin d’être à l’équilibre, le rapport de force entre les classes s’est renversé en faveur de la bourgeoisie depuis le milieu des années 1970 :

Graphe 1 : Index des grèves dans 16 pays occidentaux.

Certes, le prolétariat n’a pas subi de défaite historique comme après la vague révolutionnaire de 1917-23 et possède encore un potentiel de combativité qui pourrait se redéployer, notamment – et nous l’espérons – à la faveur de la crise économique qui se répand aujourd’hui et qui va paupériser de larges fractions des salariés. Il ne faut cependant pas se raconter d’histoires et fantasmer : un blocage du rapport de force entre les classes est certes concevable pendant quelques années mais pas sur plusieurs décennies comme l’énonce le CCI. En l’occurrence ici, il n’est pas du tout question de blocage mais de dramatique recul de la classe ouvrière depuis le milieu des années 1970 à la suite de plusieurs facteurs : (1) la montée d’un chômage structurel ; (2) la désindustrialisation ; (3) le démantèlement des grandes concentrations ouvrières (mines, chantiers naval, sidérurgie, etc.) et le recours à la sous-traitance ; (4) une individualisation progressive du rapport salarial jusqu’à son ubérisation actuelle qui casse les solidarités entre salariés ; (5) une montée de l’endettement des ménages et (6) la stratégie de la classe dominante visant à faire passer la révolte sociale de la rue sur le terrain parlementaire (cf. la politique de la gauche au pouvoir à cette époque : le programme commun en France avec la venue de Mitterrand et de la gauche au pouvoir, le compromis historique en Italie, la démocratisation des régimes dictatoriaux de Grèce et du Portugal en 1974 et de l’Espagne en 1975…), etc. tous ces facteurs ont progressivement paralysé le corps social, tant sur un plan quantitatif (d’un facteur dix selon le graphique ci-dessus) que qualitatif (dynamique et caractéristiques des luttes).

Autrement dit, postuler l’existence d’une phase de décomposition du capitalisme sur la base d’un blocage du rapport de force entre les classes est une pure construction de l’esprit totalement spéculative car elle ne repose sur rien de concret. Si les tensions, conflits et déstructurations de la société se développent, c’est justement la conséquence du fait que le prolétariat a dramatiquement reculé et que la bourgeoisie a, de ce fait, de plus en plus les mains libres pour exprimer ses dissensions internes de façon ouverte.

 

Le luxemburgisme économique, terreau d’une cascade d’erreurs

 

Mais il est un autre cadre théorique qui est plus particulièrement ébranlé par la guerre en Ukraine, c’est celui du luxemburgisme économique qui fonde la ‘théorie’ du CCI de ‘la décadence du capitalisme depuis 1914’ et donc de l’impossibilité de tout développement national autonome depuis lors. Ainsi, cette organisation affirmait péremptoirement que « La période de décadence du capitalisme se caractérise par l’impossibilité de tout surgissement de nouvelles nations industrialisées. Les pays qui n’ont pas réussi leur ‘décollage’ industriel avant la 1è guerre mondiale sont, par la suite, condamnés à stagner dans le sous-développement total, ou à conserver une arriération chronique par rapport aux pays qui ‘tiennent le haut du pavé’. Il en est ainsi, de grandes nations comme l’Inde ou la Chine dont ‘l’indépendance nationale’ ou même la prétendue ‘révolution’ (lire l’instauration d’un capitalisme d’Etat draconien) ne permettent pas la sortie du sous-développement et du dénuement » [3].

Tout un chacun comprendra aisément qu’avec de tels soubassements théoriques le CCI a été incapable durant près d’un demi-siècle de comprendre le phénomène des pays émergents qui concerne aujourd’hui près de la moitié de la population mondiale ! On comprendra aussi qu’une telle cécité envers les simples faits objectifs rend cette organisation particulièrement incapable de comprendre les raisons de l’émergence de la Chine et de la nouvelle polarisation impérialiste mondiale via la tendance à la constitution d’un futur bloc impérialiste autour de ce pays en perspective d’une troisième guerre mondiale. C’est ce dont nous allons rapidement traiter ici en commençant par rappeler la cascade des principales erreurs d’analyse du CCI découlant de son luxemburgisme économique. En effet, signalons au lecteur que, sur le fond, nous avons déjà amplement déconstruit les thèses du CCI dans une longue étude allant du soi-disant frein au développement des forces productives (§1) jusqu’à la question nationale (§3) en passant par les luttes immédiates et la question syndicale (§2) [4].

1) Un capitalisme décadent depuis 1914

La plateforme du CCI soutient que « le capital est devenu incapable d’étendre sa domination ne serait-ce qu’au rythme de la croissance de la population humaine » … alors qu’en réalité la croissance du produit mondial par habitant n’a été multipliée que par 2,2 en 93 ans ‘d’ascendance’ (soit 0,84 % de taux de croissance annuel moyen) tandis qu’elle a été multipliée par 4,7 en 93 ans de ‘décadence’ (ou 1,68 % de taux de croissance annuel moyen). Autrement dit, si la croissance des forces productives matérielle par habitant été deux fois plus importante en ‘décadence’ qu’en ‘ascendance’, le capitalisme a été capable et non pas « incapable d’étendre sa domination ne serait-ce qu’au rythme de la croissance de la population humaine » (cf. graphe 2 ci-dessous). Tout lecteur sensé conclura que cette plateforme n’est pas seulement erronée mais qu’elle affirme l’exact contraire de la réalité ! Très embêtant pour des ‘marxistes’ dont la démarche suppose de se fonder sur la matérialité de faits objectifs.

Graphe 2 : Produit mondial par habitant

2) Une troisième guerre mondiale à la veille des Trente glorieuses ?!

Pire, sur la base d’une telle analyse aux fondements luxemburgistes, les ancêtres du CCI prédisaient l’éclatement imminent de la troisième guerre mondiale en 1952 et dispersaient ses quelques militants aux quatre coins du monde : « La disparition des marchés extra-capitalistes entraîne une crise permanente du capitalisme […] …il ne peut plus élargir sa production […] la perspective de la guerre … tombe à échéance. Nous vivons dans un état de guerre imminente » GCF, Internationalisme n°46. Un tel diagnostic posé à la veille de la plus formidable période de croissance que le capitalisme a connu au cours de son existence – à savoir lesdites Trente glorieuses – relève toute la fragilité des thèses luxemburgistes sur l’accumulation du capital : comment comprendre une accumulation deux fois plus rapide après 1914 qu’avant alors que la saturation relative des marchés extra-capitalistes eu égard aux besoins du capitalisme est censée fonder l’entrée du système dans sa phase de décadence !?

En toute bonne logique, si la moindre disponibilité en marchés extra-capitalistes constitue le fondement économique du ralentissement au développement des forces productives et donc de l’entrée en décadence du capitalisme après 1914 … comment alors expliquer une croissance deux fois plus rapide par la suite, comment comprendre le phénomène de la mondialisation et des pays émergents ? Par l’existence encore conséquente de marchés extra-capitalistes comme l’énonce le CCI aujourd’hui ? Mais alors c’est le fondement de la décadence qui disparaît ! Tel est le dilemme duquel le CCI est incapable de s’extraire, condamné qu’il est à se fourvoyer dans des analyses qui n’ont ni queues ni têtes.

3) Une 3ème guerre mondiale prête à éclater durant les années 70, sauf...

Au début de son existence, cette organisation défendait – de façon toute aussi péremptoire – une analyse sur le ‘cours historique aux affrontements de classes’ qui postulait que tout était déjà en place pour qu’éclate une troisième guerre mondiale : une crise économique insoluble et des blocs impérialistes pleinement constitués … mais que seule la combativité de la classe ouvrière empêchait de réaliser ! Un demi-siècle après, l’on mesure tout le ridicule d’une telle analyse.

4) La décennie ou devait se décider la guerre ou la révolution !

Montant d’un cran dans la surenchère, le CCI décrétait que les années 1980 seraient la décennie de vérité … à un point tel que l’alternative historique entre la guerre et la révolution devait s’y décider : « Dans la décennie qui commence, c’est donc cette alternative historique qui va se décider : ou bien le prolétariat poursuit son offensive, continue de paralyser le bras meurtrier du capitalisme aux abois et ramasse ses forces pour son renversement, ou bien il se laisse piéger, fatiguer et démoraliser par ses discours et sa répression et, alors, la voie est ouverte à un nouveau holocauste qui risque d’anéantir la société humaine » [5] . Quarante ans après, l’on mesure également tout le ridicule d’une telle analyse puisque : (a) le prolétariat n’était nullement occupé à « poursuivre son offensive » (CCI) mais à puissamment reculer comme l’indique l’intensité des conflits sociaux dans les pays développés qui avaient déjà été divisée par quatre dans les années 80 (cf. Graphe 1) ; (b) de plus, le capitalisme n’était nullement « aux abois » (CCI) mais allait connaître une importante mondialisation et le phénomène des pays émergents !!!

5) Théorie de la décomposition ou décomposition de la ‘théorie’ du CCI ?

Poussant le bouchon encore un peu plus loin pour masquer toutes ces errances, le CCI va ‘élaborer’ sa ‘théorie’ de la décomposition dont nous avons vu ci-dessus que son fondement empirique est totalement erroné. Pire, ce serait même cette phase de décomposition qui aurait permis la croissance phénoménale de la Chine selon leurs dernières élucubrations … comprenne qui pourra [6] ! Mais, attention, si un demi-siècle après avoir constamment nié toute croissance en Inde et en Chine – un comble pour une organisation qui se prétend être à l’avant-garde de l’approfondissement politique – le CCI reconnaît enfin la dynamique chinoise, c’est pour immédiatement en minorer l’importance en parlant de « croissance cancéreuse » !

En fait, derrière cette formule se cache un véritable tour de passe-passe mégalomaniaque empêchant toute auto-critique véritable par cette organisation. En effet, elle permet de reconnaître une certaine croissance du bout des lèvres … mais tout en affirmant que, sur le fond, le CCI aurait toujours eu raison sur la décadence et la décomposition car cette croissance serait « cancéreuse » !

Alors, au-delà des formules, examinons ce qu’il en est réellement en Chine, notamment du point de vue des exploités en regardant comment ont évolué les salaires réels, l’espérance de vie à la naissance et la taille et le volume de population que la croissance économique chinoise a dû soutenir. En effet, l’intérêt de telles statistiques, c’est qu’elles représentent des indicateurs intégrés d’une multitudes d’aspects de la vie, y compris matérielles, et dont le mode de calcul ne souffre pas de grandes discussions. Or, les évolutions de la population chinoise et de son espérance de vie sont d’autant plus remarquables qu’elles ont quasi stagnées durant un siècle (1850-1950) pour plus que doubler pour la population et presque tripler pour l’espérance de vie en gagnant une cinquantaine d’années – càd en passant de 30 à 80 ans (cf. le graphe 3 ci-dessous) ! Enfin, cerise sur le gâteau, la taille moyenne des Chinois n’a fait que s’accroître [7].

Graphe 3 : Chine - Espérance de vie à la naissance

Autrement dit, si un pays peut rapidement doubler sa population, tout en triplant quasiment son espérance de vie et tout en lui assurant des accroissements de production et de revenus matériels aussi importants (cf. le graphe 4 ci-dessous), alors vive la croissance cancéreuse !

Graphe 4 : Salaire et revenus réels moyens par travailleur et heure travaillée

Non seulement, un Chinois, dont le salaire réel a été multiplié par trois à cinq en quatre décennies, et qui a gagné une cinquantaine d’années en plus depuis 1950, n’accordera aucun crédit aux diagnostics du ‘docteur’ CCI, mais il le traitera, à juste titre, de charlatan. Un salarié chinois vivant 50 ans de plus en 2020 qu’en 1950, qui a vu son salaire réel notablement augmenter et qui ne rêve que de s’acheter son prochain smartphone … criera vive la croissance cancéreuse ! Et pour cause, médicalement, un cancer correspond à la mort des cellules humaines et à la mort de la vie, est-ce que vivre 50 ans de plus correspond à çà ??? Gageons que, dans son incommensurable prétention, le docteur CCI va surement nous redéfinir ce qu’est un cancer ?! En tous les cas, si le cancer est redéfini en prétendant que vivre 50 ans de plus et dans de meilleures conditions est une ‘croissance cancéreuse’, alors nombreux seront les candidats pour attraper ce cancer-là !!!

 

La nouvelle polarisation géopolitique et géoéconomique mondiale

 

Si nous avons souligné quelques grossières aberrations dans l’analyse de la Chine faite par le CCI, c’est parce qu’il soutient que : « …la guerre en Ukraine ne prépare pas le terrain pour la formation de nouveaux blocs impérialistes qui entraîneront l’humanité dans une troisième (et sans doute dernière) guerre mondiale… (…) nous rejetons l’argument selon lequel nous assistons à la reconstitution de blocs militaires stables. Nous dirons simplement que, malgré des tendances réelles à une « bipolarisation » des antagonismes impérialistes, nous considérons toujours qu’elles sont contrebalancées par la tendance opposée de chaque puissance impérialiste à défendre ses intérêts particuliers et à résister à la subordination à une puissance mondiale particulière. ».

En fait, en sous-estimant totalement la croissance dans les pays émergents, et notamment dans le plus spectaculaire d’entre eux – la Chine, le CCI ne comprend pas la différence fondamentale qui réside entre l’ex-bloc de l’Est et le futur bloc naissant autour de la Chine.

En effet, tant l’URSS que ses pays satellites ont toujours été des nains économiques et même des nains militaires – en témoignent les lamentables défaites militaires soviétiques lors des guerres de six jours au Proche-Orient, en Afghanistan et, aujourd’hui, ses déboires en Ukraine… – cependant la Russie reste un géant nucléaire : c’est le seul pays contre lequel les États-Unis ne peuvent pas faire la guerre sans risquer eux-mêmes une destruction quasi-totale (ce qui n’est pas encore le cas pour la Chine). En ce sens, la guerre froide n’est pas encore totalement terminée.

A l’opposé, la Chine est un géant économique quoiqu’encore un nain militaire. Mais, justement, parce que géant économique, la Chine pourrait bien devenir aussi un géant militaire et un géant avec des armes bien plus performantes et sophistiquée que celles de la Russie. C’est ce que les États-Unis se doivent d’empêcher. Dès lors, la stratégie actuelle des USA et de l’OTAN consiste, d’une part, à réduire la puissance militaire de la Russie à sa portion économique congrue, c’est-à-dire pas plus que le PNB de l’Espagne et, d’autre part, à réaligner l’Europe derrière les USA en vue de la mise en ordre de bataille pour l’enjeu majeur aujourd’hui : l’affrontement avec la Chine. Hillary Clinton, l’ancienne cheffe de la diplomatie américaine, ne s’y est d’ailleurs pas trompée lorsqu’elle a récemment déclaré que : « La Russie est "une menace à court terme" et la Chine "à long terme" » et mettant l’occident en garde contre les velléités expansionnistes de la Chine tout en ne voyant en Moscou qu’une menace temporaire [8] .

Telle est la raison de la manœuvre déployée par les USA, manœuvre déjà utilisée avec Saddam Hussein et consistant à suggérer que les Américains n’interviendrait pas en cas d’invasion. L’Irak est tombé dans le piège à l’époque et la Russie également aujourd’hui. En effet, Biden a été inflexible avec Poutine durant les semaines qui ont précédé l’invasion de l’Ukraine alors que les Européens faisaient tout pour négocier. Cerise sur le gâteau, non seulement Biden ne cédait pas un pouce aux revendications de la Russie, mais il a carrément dit à Poutine que, si ce dernier voulait obtenir ses revendications par des moyens militaires, l’OTAN ne réagirait pas [9] !

Le résultat de cette politique est limpide : l’OTAN est ressoudée et le leadership américain pleinement réaffirmé. Le financement de l’OTAN que les européens rechignaient d’assurer a désormais dépassé les espérances américaines, les commandes de matériel militaire affluent aux Etats-Unis, l’Europe de la défense est bien morte, le NordStream2 est fermé, tout dialogue et coopération avec Moscou est enterré ainsi que le développement des échanges économiques que l’Europe espérait avec la Russie, notamment sur le plan énergétique. Mieux, le gaz que les européens achetaient à la Russie, ils doivent désormais se le faire fournir par les Américains !

De plus, cette guerre est le coup de grâce asséné aux efforts européens, notamment de la France et de l’Allemagne, consistant à développer un contrepoids aux USA en coopérant avec la Russie. Autrement dit, il ne fait aucun doute qu’avec la guerre en Ukraine, les USA ont atteint tous leurs objectifs : politiques, impérialistes, économiques et idéologiques… Ils sont gagnant sur tous les plans : sur le plan impérialiste avec une OTAN ressoudée et un leadership américain réaffirmé ; sur le plan économique avec une Europe affaiblie par la guerre et qui se retrouve encore plus dépendante énergétiquement qu’avant des USA ; sur le plan politico-économique avec une Europe fragilisée car ne pouvant plus faire contrepoids aux USA, ni militairement (Europe de la défense enterrée), ni économiquement (coopération économique avec la Russie) ; sur le plan militaire avec un tiroir-caisse pleinement ouvert pour les américains : tous les pays européens achètent massivement du matériel militaire américain ; sur le plan idéologique avec la thématique du futur conflit avec la Chine : la défense du monde libre contre les régimes dictatoriaux.

Dès lors, lister toutes les tensions internes à l’Otan pour tenter de justifier l’impossibilité actuelle de reformer des blocs impérialistes, c’est prendre des piqures de moustique pour des injections létales. C’est regarder l’arbre sans voir la forêt qui se trouve derrière.

Justement, à propos d’aveuglement, une telle analyse de la part du CCI en revient aux illusions de Vercesi en 1938-39 qui ne pensait pas l’éclatement possible d’une seconde guerre mondiale. Ce dernier s’appuyait sur les multiples tractations diplomatiques et tentatives d’accords qui, d’après lui, révélaient des nécessités pour le capital d’éviter une conflagration mondiale – les guerres locales suffisant aux besoins du capitalisme disait-il.

Aujourd’hui, le CCI se retrouve dans une démarche analogue en alignant tous les désaccords possibles au sein de l’OTAN et toutes les faiblesses potentielles de la Chine. Cependant, demain, lorsque le fer et le feu se feront entendre avec les Etats-Unis, le CCI se déclarera à nouveau ‘surpris’ comme il doit bien reconnaître aujourd’hui que la « brutale accélération en Europe à travers l’invasion massive russe en Ukraine a malgré tout surpris le CCI » [10]. En réalité, le CCI a constamment été surpris par l’évolution du capitalisme car il n’en possède tout simplement pas les bonnes clés pour le comprendre.

 

C.Mcl

 

ANNEXES :

 

Lorsque les statistiques vont dans son sens, le CCI les utilise abondamment et n’hésite pas à s’en satisfaire (« nous l’avions prévu », « elles illustrent la justesse de nos orientations », etc.), mais dès que des données chiffrées contredisent ses discours, alors il pinaille systématiquement sur leur validité. Dès lors, instruit par cette mauvaise foi récurrente, nous prenons les devants concernant deux points clés soulevés dans notre contribution : sur l’évolution des conflits sociaux dans les pays centraux et sur les raisons de leur reflux dès le milieu des années 1970.

 

Sur les statistiques des conflits sociaux – Graphe 1 (ci-dessus)

 

Nous connaissons bien les critiques généralement émises à ce genre de données (énoncées par les instituts statistiques eux-mêmes d’ailleurs) : d’un pays à l’autre, il existe des hétérogénéités dans la définition de ce qu’est une grève et dans les méthodes de récolte des informations ; de façon générale, les conflits sociaux sont sous-estimés ; toutes les formes de résistances sociales ne sont pas prises en compte et, surtout, il y a une absence de tout critère qualitatif (une grève spontanée et auto-organisée est mise sur le même plan qu’une journée syndicale d’enterrement des luttes) ; etc. Néanmoins, la plupart du temps, ces biais sont systématiques au cours du temps, dès lors, même sous ou surestimées, les tendances générales quantitatives sont très significatives et bien corrélées à ce que nous connaissons par ailleurs de l’évolution des mouvements sociaux. Dès lors, expliquer par ces biais la chute d’un facteur dix de l’index des grèves dans seize grands pays occidentaux depuis la poussée quantitative et qualitative des luttes entre 1966 et 1974 serait verser dans un parfait complotisme. En effet, cela supposerait l’existence d’un accord tacite entre ces seize pays pour tasser progressivement la courbe.

Enfin, notons que, si les conflits sociaux sont sur le déclin dans les vieux pays développés, ils sont cependant ascendants dans les pays émergents (Chine, Inde et une large partie de l’Asie du SE). Ceci n’est que logique et la conséquence de la formidable restructuration du capitalisme à l’échelle mondial comme en atteste le graphique ci-dessous :

Graphe 5 : Évolution de l’emploi manufacturier

Si l’emploi manufacturier a légèrement augmenté dans la Triade (USA, Europe et Japon) en passant de 86 millions en 1960 à 90 millions en 2004, il a explosé en Chine qui, aujourd’hui, possède plus de salariés dans ce secteur que dans l’ensemble des pays développés (l’OCDE) et cela dans des unités qui contiennent parfois plusieurs dizaines de milliers de salariés ! Cependant, là également, il ne faut guère se faire trop d’illusions car le prolétariat de ces pays est historiquement très peu expérimenté et plein d’illusions sur la démocratie et le syndicalisme (en Chine notamment). C’est néanmoins un facteur avec lequel la classe dominante chinoise doit compter avant de se lancer dans des aventures guerrières.

Ces données spectaculaires concernant l’emploi manufacturier en Chine viennent formellement démentir cette thèse absurde du CCI qui voudrait que le développement de ce pays ne serait pas vraiment réel mais correspondrait à un mécanisme de vases communiquant - le développement de l’emploi en Chine correspondrait largement à la destruction de l’emploi industriel dans les anciens pays développés : « Le capital chinois a-t-il développé les forces productives ? Selon ses propres critères, oui, mais quel est le contexte historique global dans lequel cela a lieu ? Il est certainement vrai que l’expansion du capital chinois a accru la taille du prolétariat industriel mondial, mais cela s’est produit à travers un vaste processus de désindustrialisation à l’Ouest… » [11]. L’on constate bien ici que, malgré quelques concessions de forme pour faire accroire qu’il tient compte de la réalité, sur le fond, le CCI réaffirme sa doxa de toujours sur l’impossibilité d’un réel développement des forces productives en ‘décadence’. En effet, pour cette organisation, le développement des pays émergents ne correspondrait à rien de bien tangible mais résulterait d’artifices comme le crédit ou des mécanismes de vases communicants : l’industrialisation des pays émergents serait le miroir de la désindustrialisation et des délocalisations dans les pays développés. Le graphe 7 (cf. infra) démontre d’ailleurs le caractère totalement absurde d’un tel ‘argument’ comme nous l’expliquerons ci-dessous.

 

Sur les causes du reflux des conflits sociaux dès le milieu des années 70

 

Le CCI reconnaît bel et bien l’existence d’un certain recul de la lutte de classe mais son credo est qu’il le fait découler de l’implosion du bloc de l’Est et de la perte de l’identité de classe par rapport au discrédit de la perspective du communisme … or, si ce facteur joue probablement un rôle dans le maintien à l’étiage des conflits sociaux, il n’explique en RIEN le recul car, en 1989, les conflits sociaux avaient déjà décru depuis une quinzaine d’année et leur intensité était déjà divisée par un facteur dix en 1989 (cf. Graphe 1) ! A nouveau, l’on mesure ici combien les ‘analyses’ de cette organisation sont purement spéculatives et ne reposent sur rien de matériel.

A l’opposé, nous avançons plusieurs facteurs qui se sont progressivement conjugués pour entamer la conflictualité sociale et désagréger les solidarités collectives entre salariés. De plus, contrairement aux affirmations systématiquement non fondées du CCI, nous avançons des preuves empiriques :

1) La montée d’un chômage structurel

Le graphe ci-dessous pour l’Union Européenne montre une parfaite corrélation entre la montée inexorable du chômage à partir de 1974 et le début de la chute de l’index des grèves à cette même date (graphe 1). Plus, le sommet dans la montée de la courbe du chômage correspond exactement au point le plus bas dans la chute des conflits sociaux. Autrement dit, le chômage a joué le rôle d’anesthésiant des luttes bien avant la chute du mur de Berlin et ladite ‘phase de décomposition du capitalisme’ chère au CCI.

Graphe 6 : Taux de chômage – UE-15 et France

Mais encore, ces données viennent aussi formellement démentir cette autre théorie absurde formulée par le fondateur historique du CCI – Marc Chirik – consistant à prétendre que : « En perdant l’usine, les ouvriers au chômage gagnent la rue » et que « Cela constitue un énorme avantage pour l’agitation et la politisation de ces importantes masses ouvrières » (Revue internationale n°14 – 1978). Certes, cette organisation a bien effectué une courbe rentrante dans son rapport sur la lutte des classes en 2015, mais sans aucune autocritique de fond et en trainant encore de larges illusions sur les luttes des chômeurs : « Les luttes autonomes des chômeurs, capables de se relier aux luttes des ouvriers actifs, furent bien moins significatives que nous l’avions prévu dans les années 1970 et 1980 (…) Les mouvements des étudiants en France en 2006 et les révoltes sociales vers la fin de la décennie du nouveau siècle commencèrent à apporter des réponses à ces problèmes, offrant la possibilité d’intégrer les chômeurs dans les manifestations de masse et les assemblées de rue… ». En quelque sorte, c’est la revanche posthume de Munis contre Chirik … tant ce dernier a critiqué le premier sur cette question du chômage. L’histoire et les faits ont tranché … mais le CCI reste béat en face de toutes ses certitudes, même les quelques-unes qu’il a daigné reconnaître comme étant fausses lorsque la contradiction avec les faits devenait trop violente à soutenir.

2) La désindustrialisation, le démantèlement des grandes concentrations ouvrières et le recours à la sous-traitance

Prétendre que l’industrialisation de la Chine correspondrait à la désindustrialisation des anciens pays développées comme le fait le CCI est non seulement factuellement faux comme nous l’avons vu ci-dessus mais temporellement inexacte puisque la désindustrialisation de l’Occident est bien antérieure à la mondialisation : au tout début des années 1970, voire dès les années 1950 pour les pays anglo-saxons, comme le montre le graphe 7 ci-dessous.

Graphe 7 : Part de l’industrie dans l’emploi total

3) Une montée de l’endettement des ménages

Si l’endettement des ménages ne constitue pas un facteur explicatif à l’origine du recul des conflits sociaux comme les deux précédents, néanmoins il est venu significativement les renforcer, surtout à partir des années 1980 à la suite des politiques néolibérale de baisses de la part salariale. En effet, voyant leurs revenus ralentir ou diminuer, les ménages ont compensé ce manque à gagner en s’endettant comme le montre bien les graphes 8 et 9 ci-dessous. En effet, une personne endettée est beaucoup moins encline à protester de peur de perdre son travail.

Graphe 8 : Part salariale (droite) et endettement des ménages (gauche) en % du PIB (USA)

Graphe 9 :

4) Quant aux autres causes que nous avons avancées – l’individualisation progressive du rapport salarial jusqu’à son ubérisation actuelle qui casse les solidarités entre salariés et la stratégie de la classe dominante visant à faire passer la révolte sociale de la rue sur le terrain parlementaire (cf. la politique de la gauche au pouvoir à cette époque : le programme commun en France avec la venue de Mitterrand et de la gauche au pouvoir, le compromis historique en Italie, la démocratisation des régimes dictatoriaux de Grèce et du Portugal en 1974 et de l’Espagne en 1975…) – s’ils sont peu quantifiables, elles tombent sous le sens par rapport à des faits qui sont bien connus.

 


[1Cependant, cette menace était plus une tactique de business man pour faire payer ses partenaires et stopper la construction du pipeline NordStream2 qu’une réelle option stratégique pour les Etats-Unis.

[2Jugement énoncé dans une interview au journal The Economist du 8 novembre 2021 dans laquelle il déplorait que « certains partenaires agissent unilatéralement » et qu’il n’y a plus « aucune coordination de la décision stratégique des États-Unis avec les partenaires de l’Otan ». Il plaidait donc pour « muscler l’Europe de la défense (…) une Europe qui doit se doter d’une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire. Et d’autre part, de rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie », car disait-il encore, la Russie n’a d’autre alternative qu’un « partenariat avec l’Europe ».

[3Revue Internationale n°23 (1980), MC & FM.

[4Concernant la critique de la théorie économique de Rosa Luxemburg, nous renvoyons le lecteur à nos nombreuses contributions sur cette question :
1- Sur les erreurs théoriques de Luxemburg et ses incompréhensions de l’analyse de Marx : Théorie des crises : Marx – Luxemburg.
2- Sur le fatalisme mécaniste de cette théorie : « Des crises permanentes, ça n’existe pas » Marx.
3- Sur l’incapacité de cette théorie à comprendre l’accumulation du capital au XXe siècle : L’accumulation du capital au XXème siècle – I.
4- Sur les incohérences de l’analyse de Rosa Luxemburg et de ses épigones du CCI, notamment le manque total d’éthique de débat de la part de ces derniers : La théorie des crises et l’éthique du débat – I.
5- Sur le caractère multi-causal de l’analyse des crises de Marx opposé au caractère mono-causal chez Rosa Luxemburg : Une analyse marxiste de la crise à venir.
6- Enfin, sur les incohérences du CCI concernant la constitution du marché mondial ; l’avènement du capitalisme d’Etat ; l’endettement ; les guerres avant et après 1914 et les dépenses militaires avant et après 1914 dans un débat mené avec Link et Anibal : En défense du matérialisme historique.

[5« Années 80 années de vérité » Revue Internationale du CCI n°20, 1980, p.3-4.

[6Nous avons déjà réduit à néant cette ‘analyse’ dans notre article : Les quatre malédictions du CCI sur la question nationale mais nous y reviendrons encore plus en détail dans une nouvelle contribution pour dévoiler le caractère fallacieux des arguties actuels du CCI sur la Chine.

[7Source : NCD-Risk.

[8Déclaration faite lors de l’émission de géopolitique du 11 juin 2022 sur France Culture.

[9Une remarquable analyse de ce piège a été faite par le groupe IOD (Istituto Onorato Damen) et traduite en anglais sur le site AFRD.

[10Signification et impact de la guerre en Ukraine.

[11Revue Internationale n°149, 2012, Gerrard


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