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Courrier de la Lettre Internationaliste

Notre tâche théorique de l’heure.
Et,…
Vive
Controverses !

Le Bulletin communiste de Boris Souvarine proclamait déjà en 1924 que le communisme était en danger et qu’il fallait faire un effort de critique permanente de la théorie révolutionnaire pour combattre les déviations mortelles qu’elle avait subies. Voilà comment ce dernier l’écrivait alors dans sa revue :

« Le communisme est en danger. Ceux qui prétendent au droit exclusif de le représenter n’expriment que déviations, altérations et dégénérescences, inévitables dans une période prolongée de stagnation du mouvement révolutionnaire, mais que l’on doit combattre pour qu’elles ne deviennent pas mortelles » (…)

« Le Bulletin communiste se propose, en même temps (…) de reprendre l’effort de culture marxiste »

« La conception du Parti communiste mondial qui est nôtre ne signifie pas, ne saurait signifier l’atrophie de l’initiative de chaque Parti, de chaque groupe, de chaque militant…. C’est au contraire de la somme de ces initiatives, de ces traditions, de ces contributions originales que se dégage la pensée collective du communisme international ».

Et plus loin le Bulletin communiste reprend une formule de Lénine que nous faisons nôtre : « Le devoir des communistes est de ne pas taire les faiblesses de leur mouvement, mais de les critiquer ouvertement afin de s’en délivrer plus vite et plus complètement » (in Bulletin communiste numéro 7, 1924, page 98 à 100)

Ce travail est à reprendre encore plus fortement et de façon d’autant plus déterminée aujourd’hui, après :
* la contre révolution stalinienne ;
* la deuxième guerre impérialiste ;
* la rupture organique d’avec les organisations révolutionnaires du passé qui a frappé le mouvement révolutionnaire ;
* l’existence de nouvelles générations de travailleurs qui d’une part n’ont pas encore acquis la conscience de classe comme celle des anciennes générations d’avant la contre révolution mais qui, d’autre part, n’ont aucune référence par rapport à l’ancien mouvement ouvrier.
Les conséquences de ces drames se font toujours sentir sur notre mouvement.

Les organisations de la Gauche Communiste qui ont survécu se sont attelées en priorité, dans les années 30, à faire le bilan de l’échec de la révolution mondiale. Ensuite, dans les années qui ont suivi, elles ont maintenu le drapeau de la révolution ce qui n’était pas si mal. Mais, la théorie révolutionnaire a été oubliée, surtout, les révolutionnaires ont été considérés comme des extraterrestres durant toute cette phase de la vie de l’humanité. Cette dernière se termine par la déconfiture de cette forme de capitalisme d’Etat et financier mondialisé où toute la bourgeoisie s’est vautrée sans vergogne dans des bacchanales somptueuses au dieu argent-roi tout en entraînant le monde dans la pauvreté, la précarisation et la guerre sans fin.

Voilà à quelle situation nous sommes confrontés. Il ne s’agit pas de remettre en cause les fondements du marxisme mais bien d’utiliser sa méthode pour approfondir et confronter nos positions théoriques et politiques. C’est ainsi qu’il nous faut reprendre le bâton de pèlerin pour poursuivre la réflexion et « revisiter » le marxisme qui n’a pas été profondément remis en chantier depuis le début du XX° siècle. Or les connaissances scientifiques ont progressé, par exemple, sur l’origine de l’humanité et en anthropologie par rapport aux sociétés communistes primitives ce qui devrait être d’un très grand enseignement par exemple pour la période de transition au communisme.

N’y a-t-il rien à en tirer pour le marxisme ?

Le lecteur comprendra que la tâche est immense et l’enjeu est sérieux à un moment où le capitalisme vit la plus grande crise économique de son histoire et que l’on ne sait pas très bien comment il va pouvoir s’en sortir. Et pendant ce temps la classe ouvrière souffre déjà terriblement dans sa chair. Demain, elle va subir encore plus fortement les effets de la grande dépression qui va s’en suivre avec son cortège de chômeurs et de miséreux.

A nous, Gauche communiste d’être à la hauteur des enjeux qui se préparent pour en finir avec ce monde abject.

Modestement, c’est ce que s’était fixée La Lettre Internationaliste avec moins d’ambitions que les camarades qui ont pris l’initiative de publier la revue Controverses .

La Lettre s’était limitée à l’approfondissement autour de certaines questions comme la décadence du capitalisme, la remise en cause de la notion de « décomposition » (chère à certaines organisations de la Gauche communiste) qui cherche à tout expliquer et donc rien et surtout évite de se confronter à la réalité du monde actuel pour le comprendre. La remise en cause de la notion de « parasitisme » comme largement inopérante pour qualifier certaines attitudes dans le milieu politique. La vie du milieu politique est telle qu’elle est, nous n’y pouvons rien. Il est bien plus utile de s’y confronter et d’y mener des controverses et polémiques. Quel contresens pour des communistes qui ne vivent que par le débat politique et théorique avec une pensée progressant par le dépassement des controverses.

La lettre était revenue sur la question de la crise de l’économie, remettant en avant la question de la baisse tendancielle du taux de profit en rapport avec la question de la saturation des marchés pour mieux expliquer la crise de l’économie du capitalisme.

La Lettre a défendu une conception du Parti comme étant la conséquence et la nécessité de la conscience de classe. Et de ce fait elle a reconnu que la conception générale et dominante dans le milieu politique actuel était encore très empreinte de visions conseillistes.

La Lettre a conclu que la conception sur la question impérialiste qui défend l’idée que les guerres d’aujourd’hui n’avaient plus de contenu économique est fausse. Ces aspects sont toujours présents dans les conflits même s’ils n’expliquent pas tout. Les aspects économiques ne sont pas devenus secondaires comme le pensent certains. Ils jouent un rôle aussi important que la stratégie globale des puissances impérialistes.

Il fallait aussi réévaluer les trois aspects contenus dans la situation présente : le rapport de force entre les classes, la question économique (déjà indiqué ci-dessus) et la question des alignements impérialistes.

Immédiatement, l’on constate que l’ambition de Controverses est d’une toute autre ampleur. C’est pourquoi nous saluons son initiative et lui souhaitons de réussir. Nous nous appliquerons avec nos modestes moyens de l’y aider.

La Lettre Internationaliste