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Brexit : Un autre signe de l’approfondissement de la crise du capitalisme mondial (CWO)

Communiqué du 26 juin de la C.W.O. (Royaume Uni)

Nous publions ci-dessous un article de la « Communist Workers’ Organisation », groupe affilié à la Tendance Communiste Internationaliste. Celui-ci, datant du 26 juin, fait une prise de position que nous estimons intéressante sur l’évènement qu’a représenté le référendum sur le « Brexit » en Grande-Bretagne. Cet article s’efforce de poser le problème du « Brexit » d’un point de vue prolétarien internationaliste. Dans l’ambiance générale pourrie qui a prévalu autour de ce référendum, que ce soit au Royaume-Uni, comme d’ailleurs dans pas mal de pays d’Europe, il était de notre devoir de publier cet article et de répercuter les réflexions qui lui sont liées, que ce soit sur le « Brexit » lui-même mais aussi sur la crise économique, son évolution, les relations entres les grandes puissances, etc. Et surtout, sur le sort qui attend la classe ouvrière en Grande-Bretagne, après cette « mascarade ». De même qu’il est certain que les bourgeoisies « sœurs » ou « ennemies » en Europe vont s’en servir pour justifier de nouveaux ravages dans les conditions de vie du prolétariat.

Brexit :

Un autre signe de l’approfondissement de la crise du capitalisme global

Le référendum britannique sur l’Union Européenne est peut être terminé mais le débat continue de faire rage. Nous donnons, ici, nos premières appréciations. En aucune façon, la classe ouvrière au Royaume-Uni n’a à gagner quelque chose du "Brexit" comme du "Remain". Cela ne veut rien dire pour une classe qui souffre déjà d’une cruelle austérité. Un vote pour n’importe lequel des deux est un vote pour donner un chèque en blanc au capital national vers plus d’austérité. La Grande-Bretagne est "divisée" bien sûr, mais la division n’est pas entre Londres et les provinces, l’Angleterre et l’Ecosse ou les jeunes et les vieux. La vraie fracture est entre ceux qui veulent augmenter leurs profits et ceux qui paient cette baisse des salaires, avec des emplois précaires et un niveau de vie plus faible de façon généralisée. Tous ceux qui ont fait campagne pour le référendum (quelles que soient leurs revendications, soit pour rester, soit pour partir) ont fait campagne sur un programme nationaliste du capital de "ce qui est mieux pour la Grande-Bretagne?" Comme nous l’écrivions en novembre : "Notre position de communistes internationalistes est limpide. Le véritable choix pour nous, travailleurs, c’est d’agir pour nos propres intérêts. Ne nous laissons pas entraîner dans le débat bidon des patrons. " (1)
Nous reviendrons sur le référendum et la classe ouvrière plus tard, mais pour l’instant il est clair que la poussière n’a pas encore recouvert les conséquences du vote. La démission de Cameron, sans l’invocation de l’article 50 du traité de Lisbonne, a ouvert une période d’incertitude.

Cela signifie que les conséquences du vote se feront sentir à long terme et impacteront non seulement la Grande-Bretagne et l’Europe, mais aussi plus largement tout le capitalisme mondial. Nul doute que les principaux acteurs impérialistes - y compris au Royaume-Uni, aux États-Unis, en France, en Allemagne et dans leurs entreprises nationales/transnationales respectives - prendront le temps pour trouver une solution qui corresponde le mieux à leurs intérêts propres et communs.

La première question que nous devons aborder est comment la classe dirigeante britannique a pu laisser une telle situation se produire.

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire qu’une classe dominante, face à une crise politique et économique croissante, utilise un expédient politique à court terme en pensant agir pour ses propres intérêts stratégiques à long terme et ensuite le regrette.

Le cas classique est peut-être la décision de l’Etat tsariste en 1904, en proie à des émeutes rurales et à des vagues de grèves politiques, d’opter pour leur détournement vers une "guerre victorieuse et courte", comme le pensait le ministre de l’Intérieur Plehve. Aussi, les dirigeants russes optèrent pour le combat contre ces "petits singes bruns" (Nicholas II) japonais pour se trouver face à un Japon qui avait des « années lumière » d’avance sur le plan technologique et dans une guerre qui, bien que «courte», fut tout sauf «victorieuse». Pire encore, les conséquences immédiates furent l’augmentation même des troubles sociaux que le régime avait tenté d’éviter et qui ont presque renversé le tsarisme en 1905. La révolution de 1905 a donné au monde les "soviets", ou conseils ouvriers, et a ouvert la voie non seulement à la chute du tsarisme, mais encore à la Révolution d’Octobre de 1917.

Les conséquences du Brexit pour la classe capitaliste britannique pourrait ne pas être aussi dramatique (ne rêvons pas), mais le même calcul à court terme des dirigeants du Parti conservateur s’est fortement retourné contre le but du vote référendaire. Bien que la bourgeoisie britannique ait longtemps été divisée sur l’appartenance à l’UE, son évolution assez contradictoire s’est faite en grande partie dans le sens de la satisfaction de la plupart des capitalistes britanniques. Les Britanniques ont intégré l’Europe pour ce qu’ils peuvent en obtenir économiquement, mais n’aiment aucun des schémas qu’épousent ouvertement certains politiciens européens vers plus d’intégration supra-nationale. C’est ainsi que la Grande-Bretagne a choisi de rester en-dehors de presque tous les domaines importants de la politique européenne : l’euro, la zone Schengen du voyage sans passeport, la justice, les affaires intérieures et la charte des droits fondamentaux.

Sur le plan économique pour le capitalisme britannique, il n’y avait aucun intérêt, à ce stade, de se retirer d’une union qui, en général, lui apporte plus d’avantages que de coûts. L’accès au plus grand marché du monde lui a amené des investissements directs en provenance du Japon, des États-Unis, de la Chine, de la Thaïlande, etc. Si ce n’était pour le fait que le Royaume-Uni est leur point d’entrée dans l’UE, ces entreprises n’y seraient pas (comme les patrons japonais l’ont dit aux travailleurs de Nissan). Le résultat est que 45% des exportations britanniques vont vers l’UE. Les journaux qui ont tendance à représenter le courant dominant de la classe capitaliste (The Economist et le Financial Times) ont constamment averti qu’un vote "Out" serait un désastre économique pour le Royaume-Uni et pour le reste de l’Europe, une position partagée par la grande majorité des économistes et la plupart des grandes entreprises. En bref, la classe dirigeante britannique possédait avec l’UE le genre de relation qu’elle désirait. Donc la question qui demeure est pourquoi le parti préféré de la bourgeoisie britannique a tout risqué sur la loterie imprévisible d’un vote populaire?

En fait, l’effondrement de l’Union soviétique avait permis aux Britanniques de pousser le programme de l’"élargissement" (plutôt que celui de l’approfondissement) de l’UE en Europe de l’Est. L’élargissement signifiaient qu’avec 28 membres un autre schéma d’intégration plus avancée aurait eu beaucoup de mal à passer.

Rien de tout cela n’est important pour les anti-Européens du Royaume-Uni. Il y a toujours eu comme fondement de leur pensée (et pas seulement dans le Parti conservateur) qu’entrer dans l’UE pour le Royaume-Uni (ou dans la CEE telle qu’elle était à l’époque) était toujours un peu humiliant. Après tout, l’Empire britannique couvrait autrefois un quart de la superficie du monde et «nous» avions été du côté des vainqueurs des deux guerres mondiales dévastatrices. Ils se souviennent de l’époque où la politique étrangère britannique était fondée sur l’opposition (avec des alliés européens choisis avec soin, il faut le dire) contre le pouvoir potentiellement dominant en Europe tout au long de l’histoire, qu’il s’agisse de la France de Napoléon, de la Russie de Nicolas 1er et de l’Allemagne du Kaiser ou de celle du Führer. Ce que ces petits « Englanders » ne perçoivent pas, c’est que les combats des deux guerres mondiales ont détruit l’économie britannique, puis miné sa domination impérialiste. L’Empire britannique a été vendu aux États-Unis qui, encore aujourd’hui, dominent le monde sous une nouvelle forme de colonialisme (qui ne comporte pas d’occupation coûteuse de tels territoires). Malgré une propagande inépuisable sur le thème de la «relation spéciale» avec l’Empire, les États-Unis ont obtenu le gros lot en termes de prise d’actifs à l’issue des prêts concédés lors des deux guerres.
La nostalgie de l’empire forme véritablement l’arrière-plan de la mentalité des eurosceptiques intransigeants, mais ils se battent aussi pour des batailles du passé. Ce qui leur faisait peur dans les années 1980, c’était les ambitions de Jacques Delors pour approfondir l’intégration européenne et la création d’une «Europe sociale». En fait, ils se considèrent comme les vrais héritiers de Thatcher ; en ce sens, ils sont contre la régulation de l’économie par l’État sous quelque forme que ce soit. Ainsi, ils voient l’UE comme une institution par défaut, et craignent également les propositions en cours de discussion pour la rendre plus responsable ou plus «démocratique». Le rapport des présidents des 5 principaux organes de l’UE, publié en juin 2015, appelle à des réformes vers l’union économique, financière, fiscale et politique. Ces dernières devraient être réalisées en deux étapes, la première doit être achevée d’ici à 2017 et la seconde en 2025. Le rapport fait valoir que si ces réformes ne sont pas mises en œuvre, l’UE ne pourrait pas survivre à la prochaine crise, résultat que les Brexiters désirent avant tout. Plus puissants au sein du Parti conservateur qu’au sein de la classe dirigeante dans son ensemble, ils sont devenus un problème sérieux pour la direction du parti depuis que le UK Independence Party (UKIP- Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni) a commencé à gagner plus de voix. La menace que les partisans conservateurs feraient défaut pour aller vers l’UKIP avant la prochaine élection générale était vraie. Ainsi, l’offre d’un référendum "dans le prochain parlement" semblait la meilleure façon d’organiser le parti uni dans la coalition avec les libéraux-démocrates pro-européens. C’était clair dans l’esprit des Osborne et Cameron qu’ils n’obtiendraient pas de majorité en 2015 si la promesse n’était pas donnée immédiatement. En attendant, ils ont conservé le parti uni et ont limité les défections pour l’UKIP (et obtenu un seul député aux élections de 2015). Cependant l’effondrement électoral du Parti travailliste en Ecosse a amené les conservateurs de justesse au pouvoir sans leurs alliés libéraux-démocrates. Aussi, malgré que le fait que la plupart des députés conservateurs étaient contre un "Brexit", Cameron n’a pas quitté sa ligne d’aller de l’avant vers le référendum promis.

Même là, l’incompétence et l’arrogance de la stratégie de Cameron ont été incroyables. Aucune tentative n’a été faite pour stipuler que pour un changement constitutionnel tel que celui de quitter l’UE, deux tiers des voix ou une majorité claire devaient être requis, comme cela se fait dans la plupart des autres pays. "Lucky Dave" (NdT : David Cameron) s’est lancé sans une telle exigence pour le référendum écossais, alors pourquoi pas de même pour le Royaume-Uni? Et puis il y a eu la question du temps. Il était très clair que, depuis la crise financière mondiale de 2008, le projet européen se heurtait à toutes sortes de problèmes, depuis la crise de l’euro à la guerre en Ukraine et à la crise des réfugiés en Syrie, ce qui a apporté de l’eau au moulin raciste de l’UKIP et de la droite Tory. Tout cela soulignait la nécessité de reporter tout référendum aussi longtemps que possible. Cependant, avec une majorité de 12 députés seulement à la Chambre des communes et avec une économie stagnante (en dépit de toutes les fanfaronnades), la direction des conservateurs a décidé de crever l’abcès eurosceptique tandis qu’il continuait à suppurer. Cameron a donc appelé à l’élection pour le 23 juin et est parti à Bruxelles en février pour "renégocier" la position du Royaume-Uni dans l’UE. Son offre spéciale au Conseil européen a permis au Royaume-Uni d’obtenir des avantages sur le travail des citoyens de l’UE (la plupart des citoyens de l’UE au Royaume-Uni ne les ont jamais revendiqués) et a écarté le Royaume-Uni de l’objectif d’intégration politique et d’une "union sans cesse plus étroite". C’était encore trop peu pour les eurosceptiques de son propre parti et le Royaume-Uni s’est jeté dans une campagne sinistre qui s’est révélée être une des pires de son l’histoire (culminant avec l’assassinat d’une députée travailliste pro-"Remain" par un britannique blanc, raciste et nationaliste), campagne qui continue.
Derrière cette politique, concoctée par ces conservateurs arrogants, se trouve un certain nombre de questions plus profondes sur l’hégémonie politique et économique actuelle du capitalisme. En premier lieu, elle fait partie d’un phénomène plus large rencontré par une classe dirigeante traditionnelle qui perd son emprise à tous les niveaux. C’est un retour dû au fait que le capitalisme est dans une impasse économique. Le fait que la sortie du Royaume-Uni de l’Europe soit maintenant possible est symptomatique de la crise mondiale générale du système économiquement stagnant.

La fin de la bulle spéculative de 2007-2008 a révélé que la croissance apparente des deux précédentes décennies était basée sur l’expansion exponentielle de la dette. En bref, l’avenir a été hypothéqué et les partis politiques sont à court de solutions rapides pour dissimuler la crise actuelle résultant de la baisse de rentabilité du capital. Comme nous l’avons écrit plusieurs fois, le capitalisme a vraiment besoin d’une dévaluation massive de capital. Cette dévaluation exige la destruction de beaucoup de valeur – ce qui ne peut être réalisé que par une guerre majeure généralisée entre les principales puissances impérialistes. En dépit des tensions croissantes, les rivalités et les guerres locales à travers la planète, toutes les conditions pour la guerre ne sont pas encore en place. En attendant, les capitalistes pratiquent deux politiques. La première consiste à renflouer les banques (assouplissement quantitatif, taux d’intérêt faibles ou négatifs, etc.) afin de sauver l’épine dorsale financière du système et de stimuler l’investissement. Mais cela n’a pas fonctionné car le taux de profit est trop faible pour investir et les fonds ont été consacrés à la spéculation. La seconde politique consiste à augmenter le taux de profit en faisant faire aux travailleurs plus d’heures pour gagner moins ou à trouver toutes sortes de techniques pour l’acquisition de la plus-value absolue sur le dos de la classe ouvrière.

Même de nombreux économistes capitalistes voient le problème comme nous le posons (il y a beaucoup de spéculations sur la prochaine débâcle économique globale dans les journaux de la haute bourgeoisie). Mais, dans un système où les idées dominantes sont celles de la classe dirigeante via son contrôle des médias, ces derniers ne se concentrent pas sur de tels problèmes systémiques. (2) La faute doit se trouver ailleurs. Avec une presse de tabloïdes enragés reliant délibérément les problèmes économiques du Royaume-Uni aux immigrants et à l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE, la carte de l’anti-immigration était, et est, la clé de la victoire de la campagne du Brexit. Depuis l’époque Thatcher, les grands secteurs de la vieille classe ouvrière ont vu la perte de leurs emplois industriels mieux rémunérés tandis que les restructurations des années 1980 signifiaient que ces emplois partaient à l’étranger où les patrons trouvaient de la main-d’œuvre bon marché.

Sous Blair, le parti travailliste les a largement ignorés (en essayant avantageusement d’acheter leur silence), alors que le New Labour a recherché le vote de la classe moyenne et poursuivi une politique identitaire. Puis, à la suite de la crise économique mondiale se sont développées des politiques d’austérité dès 2010 qui ont frappé les bas salaires et les plus vulnérables, une situation sur laquelle les tabloïds ont peu insisté. Il est beaucoup plus facile de trouver quelqu’un ou quelque chose à viser. La gauche capitaliste a rendu responsables les banques (plutôt que le système dans son ensemble), tandis que la droite pointe le doigt sur l’UE et l’émigration. (3) Ceci est un mensonge limpide (et le Brexit ne résoudra pas le problème), mais pour ceux qui sont les victimes de la crise et se sentent à l’écart du système, cela semble plausible. En général, la classe ouvrière a voté contre l’austérité et la baisse de son niveau de vie, ce qui s’est traduit par une croix pour «sortir» de l’UE sur le bulletin de vote. Beaucoup de ceux qui n’avaient jamais pris la peine de voter dans le passé - c’est maintenant avéré - ont voté contre l’immigration.

Un chômeur avec sa famille à Leicester a affirmé qu’il n’avait jamais voté auparavant et qu’il ne votera jamais plus. Il ne pensait pas que quelque chose puisse vraiment changer, mais "tout vaut mieux que ce que nous avons maintenant". (4) Il y a une certaine ironie dans ce Brexit avec l’alliance entre les incohérences des défenseurs du libre marché comme Farage, Gove et Lawson et les victimes de leur idéologie du marché libre, mais cette contradiction semble avoir été l’épine dorsale du vote pour le "Leave" ("Quitter" l’UE).

Certaines conséquences sont déjà en train d’apparaître. Le leader du SNP en Ecosse a déjà appelé à un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse (qui a voté massivement pour le "Remain") et, en Irlande du Nord (qui a également voté de manière décisive pour le "Remain"), l’accord du Vendredi Saint est remis en question, avec les nationalistes réclamant une nouvelle fois une Irlande unie. Les bastions protestants dans le nord-est de l’Ulster ont voté pour la sortie et donc le sectarisme communautaire est à nouveau de retour. Au moment où nous écrivons ce texte, deux millions de gens ont signé une pétition demandant un nouveau référendum, étant donné que la marge de victoire pour le Brexit n’était que de 1,3 million de voix sur les 34 millions d’électeurs. On connaît des précédents pour un second référendum lorsque les capitalistes considèrent le résultat comme erroné, comme dans le cas du Danemark sur le traité de Maastricht et de l’Irlande sur ceux de Nice et de Lisbonne, mais une telle requête est peu susceptible d’être accordée dans les circonstances immédiates. A ce stade, essayer un tel renversement d’un référendum exposerait à la vue de tous la vraie mascarade de la «démocratie capitaliste».

Quoi qu’il en soit, le vote Brexit souligne que l’incohérence du projet européen est encore plus révélé après le désastre de la dette de la zone euro et l’incapacité à faire face à la crise des migrants. On peut maintenant s’attendre à de nouveaux enjeux pour l’Europe sur une base nationaliste. En termes économiques, il y a beaucoup d’incertitudes et les effets sont susceptibles de se faire sentir à plus long terme. Ainsi HSBC a déjà annoncé qu’elle va déplacer ses opérations en euros (1000 emplois) vers Paris tandis que Tata a mis un point d’interrogation sur la sauvegarde des emplois de l’acier. Les agences internationales de notation sont en voie de déclasser le coût du crédit au Royaume-Uni (rendant le coût de l’emprunt plus élevé et donc de porter atteinte à la réduction du déficit).

Certaines choses sont plus claires. La question hors concours est la façon dont le référendum a effacé tout mouvement indépendant de la classe ouvrière. Toute cette campagne a été une campagne contre l’idée même de la classe ouvrière et cela de plusieurs façons. En premier lieu, elle a permis des deux côtés d’attiser la notion de défense de la nation, incarnation de la domination capitaliste. Les Anglais fanatiques, le nationalisme irlandais et écossais, tous vont maintenant avoir une force supplémentaire.

Ensuite, il y a la tenue des référendums en eux-mêmes. Le Royaume-Uni ne détient pas un record pour ces exercices de vote de sorte que deux en deux ans est quelque chose de nouveau. Aussi, ce qui a été fait est un nouveau souffle pour un processus politique qui perdait clairement sa légitimité. (5) Comme pour le référendum écossais, le seul choix ici pour la classe ouvrière porte sur la question de quels sont les gangsters politiques qui administreront un système qui exploitera tout le monde même celui qui est au pouvoir. (6) Quel que soit le résultat du vote, le «débat» est resté et reste un débat capitaliste. Non seulement il a été utile pour occulter les questions de classe à l’ordre du jour (que savons-nous de la part des médias sur les toutes récentes grèves françaises?) mais il va modeler un nouveau type de nationaliste bête et méchant ainsi qu’une culture politique raciste pour toute la période à venir. Le Royaume-Uni n’est pas seul dans ce cas. La montée du Front national en France, AFD (NdT : Alternative pour l’Allemagne) en Allemagne, le Parti de la Liberté en Autriche, ainsi que la victoire des ultra-nationalistes en Pologne et en Hongrie (le Parti Tory britannique possède une alliance avec certains d’entre eux comme avec le parti des Vrais Finlandais, le Parti populaire danois et le Parti polonais du droit et de la justice) (7) indiquent tous que nous sommes dans une période cauchemardesque de l’histoire.

Les machinations impérialistes ont créé l’enfer vivant à travers la planète, de l’Afghanistan à l’Afrique. Ces guerres ont poussé plus de 65 millions de personnes à travers le monde hors de leurs maisons. Certains fuient vers les environnements supposés plus stables des Etats qui ont causé cette dévastation. Beaucoup meurent sur le chemin et les survivants sont parqués dans des camps ou deviennent victimes de diverses mafias. Et les racistes et les nationalistes des pays riches jouent sur ces situations pour leurs propres fins immédiates. C’est un cercle vicieux qui transforme le spectre de la montée du nationalisme dans une nouvelle menace pour l’avenir de l’humanité. Seule la classe ouvrière internationale et internationaliste qui récupère sa voix de classe et sa capacité à lutter contre le capitalisme peut s’y opposer.

CWO

26 Juin 2016

(1) Citation de l’article “Referendum sur l’UE : Plus de choix capitalistes à rejecter”[leftcom.org] et que nous recommandons aux lecteurs.

(2) Nous avons écrit de nombreux articles sur les causes précises de la crise économique du capitalisme et que l’on peut trouver sur notre site web, mais le plus compréhensible est leftcom.org.
(3) Et pas seulement la presse tabloïde. Cameron et ses copains comme toute la classe dominante ont joué un rôle hypocrite sur l’immigration pour diviser la classe ouvrière. Voir leftcom.org et bien d’autres.

(4) Interview sur Channel 4 News du 24 juin 2016.

(5) Le vote fut de 17,4 millions pour “Partir”, 16,1 millions pour "Rester", 12 millions se sont abstenus et 7 millions de plus ne se sont même pas enregistré, ce qui signifie que la décision de partir est basée sur les votes de 33% des électeurs adultes. Le taux de participation de 72% de l’électorat enregistré a été le plus élevé depuis longtemps et plus important que les 65% de 2015 aux élections générales.

(6) Voir leftcom.org

(7) Voir leftcom.org

Une version plus longue de ce document qui traitera plus largement les répercussions internationales ainsi que les retombées politiques de la classe dirigeante, paraîtra dans Revolutionary Perspectives n°8 (qui sortira en juillet).