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Rubrique : Luttes

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  • Toutes les versions de cet article :

  • Internationalist Manifesto of Greek Conscripts (October 2015) (en)
  • Internationalistisches Manifest von griechischen Wehrpflichtigen (Oktober 2015) (de)
  • Manifeste internationaliste de conscrits grecs

     

    « Nous ne participerons pas à la guerre contre les migrants »

     

    Cette déclaration provient de conscrits grecs de 50 unités des Forces armées. Elle rattache toutes les horreurs actuelles subies par les travailleurs du monde entier, à une seule cause : la crise actuelle du système capitaliste. Dans cette crise – accumulation de vies sacrifiées, perdues et ruinées –, tous les travailleurs, quel que soit leur état, ont une cause et un intérêt communs.

    Le document provient de « Diktyo Spartakos » (Δίκτυο Σπάρτακος / « Spartacus Net »), formation de gauche à l’intérieur de l’armée grecque, principalement composée du Courant de la Nouvelle Gauche (NAP), mais elle trouve un écho plus large parmi les ‘gauchistes’ et les anarchistes. Le point le plus important est son contenu : le « défaitisme révolutionnaire », clairement internationaliste. Ces conscrits en ont plus qu’assez de toutes les sales actions qu’on exige d’eux. Ils ont eu le courage d’élever la voix non seulement contre ce « sale boulot », mais contre le système d’exploitation dans son ensemble, ce qui exige une réplique des travailleurs du monde entier [1]

    Tendance communiste-internationaliste

     


     

    Point de presse du 19 octobre 2015 : « ... Chairs déchirées par les barbelés, enfants noyés sur les plages, personnes affamées dans les rues et les squares, foules de gens qui mendient pour leurs papiers… ».

    Avant qu’elles ne fassent les gros titres de la presse écrite et des journaux télévisés, beaucoup d’entre nous ont vu et vécu ces scènes honteuses sur le fleuve Evros et dans les îles, où nous avons été envoyés pour faire cet absurde service militaire obligatoire à la fois comme travailleurs esclaves et chair à canon.

    Ces scènes nous ont choqués et sont le sujet de toutes nos discussions. Mais nous ne voulons pas qu’elles deviennent de la routine. De même que nous ne nous sommes pas habitués et n’avons pas accepté les mémorandums de la Troïka, ainsi que toutes les politiques antipopulaires, les interventions impérialistes et leurs sales guerres, nous n’accepterons pas et ne nous habituerons pas au sort terrible des réfugiés. C’est également le sort terrible de notre peuple, de notre propre monde, le monde du travail quels que soient la nationalité, la religion et le genre !

    La prétendue ‟montée des flux migratoires” signifie, en réalité, exil, fuite devant la guerre et déplacements forcés. Ce n’est pas un phénomène ‘naturel’. Les responsables, ils existent. C’est la crise capitaliste, la leur. Pour la surmonter, ils abolissent nos droits, nous conduisent à la famine, à l’indigence, au chômage, faisant de la migration une nécessité. Les responsables sont les États-Unis, l’OTAN, l’UE, la Chine et la Russie. Ils imposent leurs intérêts économiques en utilisant la terreur et la mort, en maintenant et en ressuscitant de nouveaux alliés et ennemis, qui alimentent l’intégrisme religieux. Ce sont aussi les puissances impérialistes régionales (Turquie, Israël, Grèce, gouvernements arabes) qui exacerbent les antagonismes dans la région.

    Ce sont eux qui parlent de la déliquescence des États et de peuples inférieurs ! Ce sont eux qui traitent les gens comme des déchets et mènent des opérations de ratissage ! Ce sont eux qui transforment des régions entières en décharges humaines et en entrepôts pour l’exploitation la plus brutale !

    Il n’y a qu’un seul ennemi de la bourgeoisie et de ses gouvernements : les travailleurs, qu’ils se battent pour leurs droits ou se déplacent sans papiers, même si ce sont les interventions militaires capitalistes qui ont conduit à leur déracinement. Mais même là, les réfugiés ne décident pas où ils vont : les flux migratoires sont canalisés vers les camps de concentration des temps modernes, les ‘hot spots’ (‘points chauds’ [2]) pour sélectionner les travailleurs qui seront exploités ! Bien sûr, quand ils ne seront plus nécessaires ou quand ils relèveront la tête, on pourra, sous bonne escorte, se débarrasser d’eux...

    L’État grec et l’armée font partie du problème et non de sa solution. Le gouvernement SYRIZA-ANEL poursuit sa « Guerre contre le Terrorisme », participe aux projets impérialistes, combat les « menaces asymétriques » (immigrés, mouvements sociaux…), en jouant sur la fausse distinction entre les ‘bons réfugiés de guerre’ et les ‘mauvais’ migrants économiques. Les Forces armées nous appellent, nous, les soldats enrôlés aux côtés des mercenaires professionnels et des gradés, à faire la guerre contre « l’ennemi intérieur », comme lors des récentes manœuvres Parmenion-2015 [3] ! Dans ce cycle de mort-exploitation-oppression, les ‘pays ennemis’ Grèce et Turquie patrouillent conjointement dans la mer Égée, et savent naviguer de conserve ! En outre, la ligne de front de l’Union commence à Gibraltar et se termine dans la mer Égée, Frontex [4] jouant un rôle décisif.

    Un sous-marin grec va faire partie de la flotte européenne opérant dans les eaux territoriales libyennes. À la 16e Division sur l’Evros, nous sommes en état d’alerte contre les migrants en provenance d’Adrianopolis [Edirne en turc]. On nous a ordonnés de faire des exercices de répression des foules, comme lorsque dans l’île de Kos après les événements dramatiques de Kalymnos : le gouverneur a déclaré la loi martiale et demandé l’aide de l’armée contre les migrants affamés-assoiffés-emprisonnés. Nous montons la garde et surveillons cette meurtrière clôture de barbelés qui est la vraie raison de toutes les noyades dans la mer Égée.

    Nous ne combattrons pas, nous ne réprimerons pas, nous ne traquerons pas les migrants !

    Nous, soldats en lutte, sommes contre tout cela.

    Contre leurs crimes passés et présents,

    Nous appelons à un mouvement de masse, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’armée :

    Afin de bloquer par tous les moyens Frontex, l’OTAN, l’armée européenne, tant que les actions des Forces armées au milieu de ce massacre continueront. Nous ne participerons pas à des patrouilles procédant à des arrestations.

    Afin d’aider à démolir les clôtures de barbelés et non à en créer de nouvelles. Qu’aucun soldat ne monte sur des navires pour des missions internationales.

    Les navires, sous-marins et avions doivent retourner à leurs bases ! Aucune participation à leur ravitaillement !

    Nous refusons de convertir l’armée grecque en appareil répressif, que ce soit contre les migrants ou les mouvements sociaux. Nous n’accepterons pas le replâtrage des structures sociales avec du ‘travail bénévole’. Pour nous, la ‘menace asymétrique’, c’est la guerre qu’ont lancée contre nous les gouvernements ainsi que les intérêts qu’ils soutiennent.

    Nous demandons à nos collègues de manifester non seulement pitié et compassion, mais de prendre en considération nos intérêts de classe communs. Ce sont les mêmes institutions bourgeoises, les mêmes politiques bourgeoises, les mêmes gouvernements bourgeois qui détruisent jusqu’à nos rêves.

    Ce que vivent aujourd’hui les réfugiés, les persécutions constantes de la part de mécanismes totalitaires de toute sorte, leur lutte pour la dignité et la survie, leur tragique présent, tout cela est vécu par beaucoup d’entre nous comme un cauchemar, le cauchemar d’un présent et d’un futur que nous ne devrions pas subir : c’est l’État du totalitarisme parlementaire collaborant avec les nazis d’Aube dorée.

    Nous avons conscience que les prochaines révoltes verront ceux d’en bas ou bien s’unir ensemble ou bien entrer en conflit les uns avec les autres.

    Aujourd’hui, il n’existe pas de meilleure forme de solidarité concrète et de plus grand service à rendre à nous-mêmes que de prendre le problème à sa racine.

    Nous faisons partie d’un mouvement ouvrier et anti-guerre moderne qui ne peut exister que dans une perspective de classe, anticapitaliste et internationaliste.

    Résistance, rupture et rejet total du gouvernement, de ses mécanismes impérialistes, et du monde bourgeois de l’oppression.

     

    Réseau des soldats libres‟Spartakos”

    (Commission de solidarité active)

    Signé par les conscrits de 50 unités

     

    Traduction depuis l’italien (source) par la Communist Workers Organisation, 26 octobre 2015, et en français par MP pour l’Organisation Communiste Libertaire

    Texte original grec.

    Nota bene. – Les notes informatives de bas de page ont été fournies par une Tendance internationaliste de Grèce.

     

    [1Cela signifie non seulement faire le sale boulot de l’UE (Union Européenne) pour se protéger des migrants mais aussi d’attaquer les travailleurs grecs. Selon la source suivante, les conscrits du 523e bataillon d’infanterie ont été mobilisés pour se joindre à un exercice militaire secret à Kozani mercredi le 14 octobre 2015, au côté des soldats professionnels pour « récupérer l’usine abandonnée AEVAL (qui sert à fabriquer de l’engrais industriel) », « reprise aux fauteurs de troubles » (dixit le commandant adjoint du camp). Les prétendus « fauteurs de troubles » n’avaient, en fait, occupé que leur propre usine en faillite dans une tentative désespérée de la conserver et donc leur emploi ou d’empêcher les patrons de vendre les actifs. En bref, l’armée effectuait la défense des rapports de propriété capitalistes contre la classe ouvrière. Rien de nouveau donc que le gouvernement capitaliste de gauche utilise l’arme ultime de la force pour défendre le droit de propriété. Cette intervention contre la classe ouvrière n’est pas nouvelle ; il y a beaucoup d’exemples en ce sens dès 2008 et 2011 : voir, par exemple.

    [2Le premier de ces centres d’enregistrement de réfugiés ‘hot spot’ a été établi sur l’île de Lesbos/Mytilène il y a seulement quelques jours. Les réfugiés font la queue ici probablement pendant des jours pour donner leurs empreintes comme des criminels avant d’obtenir une audience préliminaire d’asile qui déterminera s’ils peuvent être enregistrés pour rentrer dans l’UE.

    [3L’exercice d’entraînement de l’armée ‘Parménion’ a lieu chaque année, mais cette année il était notoire que l’UE paie la Grèce pour préserver et défendre la frontière avec la Turquie le long du fleuve Evros (cf. début du document des soldats). Tsipras, en tenue de l’Armée de l’air, a assisté à l’exercice de cette année au cours de laquelle il a déclaré que « les frontières de la Grèce étaient sécurisées ». Plusieurs réfugiés (7 sont recensés par Human Rights Watch) ont été abattus ces derniers jours par la police des frontières.

    [4Frontex est l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne. En bref, il s’agit d’une police des frontières de l’Union.