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Repenser la période de transition

 

Chaque jour nous révèle un capitalisme qui n’a plus rien d’autre à offrir à l’humanité qu’une austérité et une misère croissante. La délégitimation actuelle de ce système contient la possibilité de sa remise en cause. Des ’solutions’ fleurissent alors pour tenter de répondre à cette inquiétude tout en maintenant cette dernière dans le cadre d’un capitalisme relooké : développement durable, décroissance, démondialisation.... A l’opposé, nous pensons que seul un renversement de ce système et des lois qui sont à la base de ses crises, guerres et catastrophes écologiques peut ouvrir la voie vers une société centrée sur la satisfaction des besoins sociaux de l’humanité et bannir toute confiscation au profit d’une minorité.

Cependant, force est de constater que, à part quelques généralités datant de près d’un siècle, cette perspective n’a pas fait l’objet d’analyses et de présentations sérieuses de la part des groupes de la Gauche Communiste. Ni les grands principes, ni les fondements, ni les voies et moyens de la perspective du communisme n’ont fait l’objet de discussions et de contributions conséquentes. Manque aussi à ce tableau la prise en compte de la dimension écologique de la transition vers une autre société, à savoir le contexte de ressources naturelles limitées et l’augmentation de moitié de la population mondiale d’ici un demi siècle. Il en va de même quand à l’absence de critiques approfondies des fausses alternatives qui se développent aujourd’hui.

Néanmoins, confrontés au besoin de répondre à ces questions, une certaine préoccupation se développe parmi les éléments et groupes du milieu révolutionnaire. En voici quelques manifestations (non exhaustives) :

- Le réseau de discussion international a initié une série de réflexions intéressantes. Ainsi, de 2001 à 2004, plusieurs contributions sont parues et sont disponibles sur son site web dans la rubrique Le projet communiste. Réflexions malheureusement non poursuivies collectivement à l’heure actuelle et sur un site qui n’a plus été mis à jour depuis 6 ans alors qu’il contient une très grande richesse d’analyses.

- Plus récemment, l’Institut Onorato Damen a publié un appel à contributions pour Repenser la transition, appel que nous avons traduit ci-dessous. De même, ce groupe a écrit deux contributions sur ce sujet dans le n°4 de sa revue en italien.

- Le groupe Perspective Internationaliste organise une réunion publique à Paris le samedi 9 juin 2012 autour du thème Quelle société post-capitaliste imaginons-nous ?

- Un cercle de discussion s’est constitué à Bruxelles autour du sujet de La période de transition du capitalisme au communisme. Ce cercle est totalement ouvert et regroupe des camarades de différents horizons politiques. Plusieurs d’entre nous y participent. Une première discussion s’est tenue et d’autres seront prévues. Il est possible d’être informé des activités de ce cercle en écrivant à l’adresse email de ce cercle.

- Enfin, signalons un effort louable de critique des fausses alternatives en vogue à l’heure actuelle de la part d’un élément du milieu révolutionnaire.

Considérant que cette discussion et cet approfondissement de l’alternative communiste sont très importants, les camarades de Controverses essaieront d’y participer et d’y contribuer au mieux. Nous informerons nos lecteurs des activités et résultats qui en sortiront et invitons quiconque s’y intéresse à participer aux différentes initiatives présentes ou a en développer de nouvelles.

 

Repenser la transition

Le capitalisme est en crise, mais son alternative, le socialisme, inspire la crainte. Quelle est l’actualité de la perspective socialiste ?

Nous sommes en présence d’un vrai paradoxe de l’histoire au moment où le mode de production capitaliste montre toutes ses limites et confirme, par le surgissement des ses contradictions, son caractère transitoire, le socialisme est un mot sans signification. La contre-révolution stalinienne a sûrement contribué à cette radicale perte de sens de l’évocation du socialisme.

Tout d’abord, le stalinisme a réussi à faire passer frauduleusement pour socialiste une des formes les plus féroces de la dictature du capital et, ensuite, avec son effondrement, il en a alourdi la facture.

Le socialisme en tant que phase transitoire entre la société capitaliste et le communiste n’est pas une formation sociale dans laquelle il est possible de satisfaire les besoins de la collectivité sans l’exploitation des travailleurs ; mais, dans la mesure où il peut rendre possible cet objectif, il pose les bases matérielles permettant d’accomplir la plus grande transformation de l’histoire. Il est possible aujourd’hui de restituer un sens au mot socialisme, à la condition concrète de ne pas s’écarter de la nécessiter de penser par soi-même.

Cela n’est possible qu’à la condition de revisiter de façon critique toutes les précédentes élaborations de la dite période de transition par le marxisme révolutionnaire et, en particulier, chez Marx, dans sa Critique du programme de Gotha et, chez Lénine, dans son ouvrage sur L’État et la révolution.

Nous sommes d’autant plus convaincus de cette nécessité au regard des propositions avancées sur ces questions par toutes les organisations de la Gauche Communiste actuelle, comme en témoignent leurs éternelles redites des formules héritées du 19ème siècle et de la 3ème Internationale. Ayons une réflexion permettant au moins de délimiter en termes généraux les fondements de la transformation socialiste à partir de la société capitaliste moderne, si différente de celle du 19ème siècle quand a été formulée la théorie du socialisme scientifique. Les thèmes sont nombreux et complexes. Nous proposons d’avoir une discussion que nous espérons la plus large possible.

Pour les contributions, réflexions et échanges sur la question, écrire à : amministrazione@istitutoonoratodamen.it