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A propos du mouvement des "indignés" en Espagne - Raoul Victor

 

Comme tous les mouvements sociaux importants, le mouvement en Espagne n’est pas le fait d’une seule catégorie sociale, il n’est pas l’œuvre de gens qui sont d’accord sur tout, il n’est pas un tout homogène même s’il sait agir ensemble, uni.

Une grande différence entre les mouvements en Tunisie et Égypte, et ceux en Espagne et en Grèce, c’est qu’alors que dans les premiers des fractions de la classe dominante participaient, car elles avaient intérêt à se débarrasser de clans (Ben-Ali, Moubarak) qui monopolisaient le pouvoir et les profits, en Espagne et en Grèce, on ne voit pas de secteurs bourgeois qui participent ou appuient le mouvement de contestation sociale.

La continuité entre Le Caire et Madrid se fait au niveau des tendances les plus radicales. La méfiance vis à vis des partis politiques et des organisations syndicales, exprimée dès le départ à la Puerta del Sol par l’interdiction de leur présence en tant que tels, et reprise lors des mobilisations massives à la place Syntagma d’Athènes, font écho et amplifient le profond sentiment de méfiance des secteurs les plus radicaux en Tunisie et Égypte qui dénonçaient, et dénoncent, les nouveaux partis du jeu démocratique bourgeois qui veulent "voler la révolution à leur profit". La pancarte de Sol disant : "Les libertés ça s’impose tous les jours", écrite dans un pays qui vit dans la démocratie bourgeoise depuis 30 ans, est le meilleur encouragement aux combattants les plus avancés de Tunis et du Caire.

Le mouvement en Espagne reste cependant un mouvement relativement hétérogène. Au niveau de la composition sociale de ses participants et au niveau des tendances et orientations politiques qui le traversent.

 

 La composition sociale

 

Au niveau social, aux origines du mouvement, il y a une importante composante étudiante. Comme en 1968 en France, sauf qu’entre temps il y a eu 40 ans de développement du chômage, de dévalorisation des diplômes et de fermeture des perspectives d’avenir. A côté des étudiants il y a de jeunes travailleurs ‘précaires’ et chômeurs, diplômés et non diplômés (en Espagne, chez les 18-25 ans, il y a 45 % de chômage et seul 10% des contrats d’embauche sont à durée indéterminée [1]). A partir du moment où les places publiques on été transformées en lieux de débats et de vie, c’est l’ensemble de la population travailleuse qui a cependant été interpellée. Des retraités, mais aussi des travailleurs actifs qui se rendent sporadiquement aux assemblées après le travail ou participent aux assemblées de quartier les week-ends, s’intègrent au mouvement. Mais, pour le moment les grands secteurs des employés et des ouvriers ayant un travail régulier n’ont que peu participé au mouvement, même si les sondages disaient début juin que 80% de la population espagnole sympathise avec le mouvement (El País). Les manifestations massives du 19 juin, en particulier à Madrid et à Barcelone, ont confirmé cette popularité [2]. En Grèce, les rassemblements appelées par ‘les indignés’, sur le modèle espagnol, hors des syndicats et des partis, ont vu une participation massive (plus de 100 000 participants le 5 juin, dont une grande partie de travailleurs régulièrement employés), alors que peu avant une manifestation convoquée par les syndicats a connu très peu d’affluence (1 000 à 3 000 personnes).

 

 Les orientations politiques

 

Au niveau de ses orientations politiques, le mouvement espagnol n’est pas non plus homogène. Ce qui fait son unité jusqu’à présent c’est un énorme « ¡Basta ! », un refus de l’évolution de la société, aussi bien au niveau économique que social et politique. Même si on ne sait pas très bien comment s’y prendre pour changer l’ordre des choses, ni quels changements sont à faire, une certaine unité se fait autour de la conviction qu’il faut un combat global, large, social et que le mouvement s’inscrive dans la durée. "Reflexionar", telle est la tâche du moment affirmée par les pancartes à Sol.

Mais au-delà de ces idées générales, il y a une grande hétérogénéité. Le clivage le plus apparent est celui entre les tendances réformistes, qui combattent le capitalisme ‘libéral’ et revendiquent une ‘démocratie réelle’ (plus de place pour les petits partis dans le jeu électoral, réforme de la constitution, mécanismes ‘participatifs’ pour les électeurs, etc.) d’une part, et, d’autre part, les tendances radicales qui combattent le capitalisme, tout court, et se battent pour la ‘démocratie directe’, basée sur les seules assemblées et leurs délégués.

Le groupe Democracia real ya (DRY), qui a joué et joue un rôle important dans l’organisation du mouvement et auquel les médias se réfèrent de préférence (lorsqu’ils sont obligés de rompre le black-out quasi total qu’ils observent sur le mouvement, aussi bien au niveau national qu’international), incarne la première tendance. Certains de ses leaders espagnols reconnaissaient fin mai dans une émission à la radio française qu’ils sont proches d’ATTAC. Malheureusement c’est ce groupe qui est souvent assimilé à l’ensemble du mouvement malgré qu’il ait lui même clairement déclaré que l’assemblée de Puerta del Sol est bien distincte de lui.

Les tendances plus radicales, qui se revendiquent d’une révolution anticapitaliste et d’un dépassement de la démocratie parlementaire par la démocratie directe des assemblées, sont incarnées par des éléments moins organisés, plus diffus, où l’on retrouve aussi bien des anarchistes militants de longue date que de jeunes membres des multiples associations ‘alternatives’ qui existent en Espagne ou des hackers férus de gratuité.

 

 Deux dimensions

 

L’assemblée de la Puerta del Sol possède, parmi ses nombreuses commissions, deux qui s’appellent : "Politique à court terme" et "Politique à long terme". Un camarade espagnol, habitué des assemblées de Sol depuis les premiers moments, disait qu’il s’agit en fait d’euphémismes pour dire "politique réformiste" et "politique révolutionnaire".

Le mouvement contient effectivement deux dimensions au niveau du temps. Dans la première, à court terme, le mouvement cherche, avec difficulté, à formuler des revendications communes pour mettre un point d’arrêt à l’évolution dramatique des conditions de vie et à arracher des améliorations immédiates. Sur le plan économique cela se traduit par des revendications concernant aussi bien les salaires, que les retraites ou le remboursement des hypothèques par le prix courant de la maison et non le prix de l’emprunt original [3]. Sur le plan politique, au lieu de la fameuse formule des débuts : "Política sin políticos" (de la politique sans politiciens), les solutions proposées s’attachent plutôt à demander un contrôle plus strict des hommes politiques, une réforme de la loi électorale ou des listes électorales dont soient exclus les politiciens inculpés.

Il n’y a rien de révolutionnaire en soi dans de telles revendications. Les ‘révolutionnaires’ sceptiques à l’égard du mouvement en Espagne se fondent là-dessus pour justifier leur indifférence. Mais il est aussi erroné de réduire le mouvement en Espagne à ces revendications que de résumer Mai 68 en France à la demande par les étudiants masculins d’avoir accès aux résidences estudiantines féminines, ou aux augmentations de salaire obtenues par les accords de Grenelle.

Le mouvement en Espagne se situe aussi, dès le début, dans une dimension à long terme, dans une perspective plus large, à l’échelle de la construction d’une nouvelle société, une société qui ne soit plus fondée sur la logique capitaliste : "Nous sommes ici parce car nous voulons une société nouvelle qui donne la priorité à la vie au-delà des intérêts économiques et politiques" dit le manifeste adopté aux premiers moments du campement de la Puerta del Sol. Plus d’un mois plus tard, la banderole que portait en première ligne un des cortèges qui conflua à Madrid lors des manifestations massives du 19 juin, disait : "Marchons unis contre la crise et le capital".

Même si c’est de façon souvent plus implicite que consciemment formulée, c’est dans cette perspective à long terme qu’il faut comprendre l’énorme effort entrepris au niveau des dizaines d’assemblées dans le pays [4], pour apprendre
- à sortir de l’isolement et se retrouver régulièrement pour "reflexionar" ;
- à décider collectivement, à gérer les différences pour parvenir à s’autogouverner ;
- à prendre en main collectivement tout ce qui est possible, dans la lutte et dans la vie concrète suivant des règles non-marchandes, fondées sur les principes de gratuité et de libre participation.

Le camarade Greg a écrit le 31 mai : "Je partage, comme le camarade Maxime, nombre de points de la contribution d’Henri Simon. Entre autres, ce qui m’a frappé à la Bastille et c’est visiblement le cas aussi à la Puerta del Sol, c’est le caractère auto-organisé du mouvement dans ses aspects les plus concrets (gestion de la nourriture, évacuation des déchets, organisation de la garde des enfants, circulation de la parole, mise à disposition des informations...). Y aurait-il là-dedans des embryons de communisation ? En est-ce la direction ? Il y aurait beaucoup à dire, à analyser sur tout ça". Je le crois aussi, si on entend par "communisation" les actions dans le sens de la mise en commun des moyens de vie. Les "indignados" le répètent souvent : de véritables alternatives au capitalisme existent, nous devons les penser et les construire.

Les hackers ont joué et jouent un rôle important dans ce mouvement dont les principes sont pour l’essentiel les mêmes que les leurs. Ils participent à l’élaboration d’un nouveau tissu, d’un cerveau collectif qui se constitue au feu de la lutte. Ainsi, par exemple, ils développent un réseau de type Facebook qui n’est pas ‘propriétaire’ mais ‘libre’ et protège mieux ses utilisateurs, ou encore des logiciels permettant de mettre à disposition de tous en temps réel, sur les plans des villes, les prochaines expulsions et les meilleurs moyens de se mobiliser pour les empêcher.

Beaucoup se sont moqués du formalisme ultra-démocratique qui s’est développé dans les assemblées, avec tout son langage gestuel, sa recherche du consensus à tout prix, le refus de mettre à l’écart les minorités, etc. Mais il s’agit de balbutiements inévitables dans l’apprentissage de l’auto constitution en force collective, auto maîtrisée. Le plus important dans un mouvement contre les effets délétères du capitalisme c’est le fait que les exploités, seuls capables de s’attaquer et finalement de renverser l’ordre établi, prennent confiance en eux, qu’ils se changent eux-mêmes dans la pratique de la lutte. Je crois que de ce point de vue, dans cette perspective à long terme, le mouvement des "indignados" marque une avancée importante.

 

 La "non-violence"

 

Une des caractéristiques du mouvement en Espagne est sa revendication d’une attitude non-violente, voire ‘pacifiste’. Cela lui vaut parfois des critiques et des moqueries de la part des ‘vieux’ ou moins vieux révolutionnaires, du style : "Ah, ces beaux jeunes gens qui ne cassent rien" (Christian). Cependant, il serait faux de ne voir dans la défense de cette non-violence qu’une volonté conciliatrice à l’égard de l’ordre établi. S’il fait peu de doute que tel est le cas pour les tendances comme DRY, rien n’indique qu’il en soit ainsi pour l’ensemble du mouvement. La résolution montrée par les ‘indignés’ lors des reconquêtes de la Puerta del Sol à Madrid et de la Place de Catalogne à Barcelone, dont ils avaient été chassés par la force, montrent qu’il n’en est rien. Il en est de même lors des mobilisations pour empêcher les expulsions des victimes des hypothèques, mobilisations qui se multiplient dans tout le pays depuis la levée décidée des ‘acampadas’ à Madrid et à Barcelone [5].

La volonté de ne pas se laisser enfermer sur le terrain de l’affrontement ‘militaire’ avec les ‘forces de l’ordre’ ne signifie pas volonté de conciliation ou d’atermoiement. Sur le terrain strictement ‘militaire’ les révoltes sont condamnées à la défaite pour la simple raison que les forces de l’ordre sont armées jusqu’aux dents alors que les révoltés ne le sont pas, ou très faiblement. C’est sur le terrain politique et économique que les forces révolutionnaires peuvent l’emporter, par l’impopularité de la répression, par la pression des grèves sur le fonctionnement du système, par la capacité à offrir à toute la société une nouvelle perspective. En dernière instance, la révolution se joue sur la capacité des forces révolutionnaires à désintégrer les forces de répression : "On ne fait pas de révolution contre l’armée", disait Trotsky. Le mouvement en Espagne semble avoir tiré les leçons de l’expérience grecque de l’hiver 2008-2009, où la mobilisation s’épuisa dans des affrontements quotidiens et systématiques avec la police, ou le mai 2010 lorsque, à l’occasion d’une manifestation contre un plan de rigueur à Athènes, l’incendie d’une banque par des cocktails molotov lancés par des ‘émeutiers’ provoqua la mort de trois employés, dont une femme enceinte, donnant un brutal coup d’arrêt au mouvement de protestation. Autant je crois qu’il y a un ‘pacifisme’ réformiste et conciliateur chez DRY-ATTAC, autant je crois qu’il y a dans le mouvement en Espagne la volonté de maîtriser des problèmes réels : celui du culte de la violence assimilée à l’essence de l’action révolutionnaire et celui des provocateurs infiltrés [6].

La société véritablement communiste sera la première, depuis la division de la société en classes, qui ne sera plus fondée sur la violence. C’est pourquoi elle n’aura plus besoin d’État. Dans la mesure où les moyens d’une lutte doivent chercher à être cohérents avec ses fins, il est naturel que la lutte pour une telle société n’ait recours à la violence que dans la mesure où la résistance de l’ancien ordre le lui impose. La violence n’est pas son essence, ni sa priorité, mais un pis-aller auquel elle est contrainte.

Je ne crois pas que l’ensemble du mouvement en Espagne ait trop d’illusions (même s’il y en a) sur la possibilité d’avancer sans se confronter à la violence de l’État, comme les faits le lui montrent depuis le début, ni qu’il puisse envisager des bouleversements révolutionnaires majeurs sans avoir recours a des actes ‘violents’, comme les inévitables expropriations. Même si ce n’est pas toujours explicite, nombreux sont ceux qui savent qu’une révolution anti-capitaliste ne pourra pas être totalement ‘non-violente’. Je crois que le souci affirmé vis-à-vis de la violence est celui de la réduire au minimum pour miser sur la construction en positif de la force révolutionnaire et des pratiques qui seront le fondement de la nouvelle société. Il s’agit dans les faits d’un rejet du modèle, tant vantée au cours du XXe siècle, de la ‘révolution armée’ menée par des avant-gardes militaires (Guevara avec son béret et son treillis) qui conquièrent et exercent le pouvoir au nom de tous.

 

 L’avenir du mouvement

 

Comme le montre la dynamique du mouvement en Espagne, toute orientée vers le développement des assemblées de quartier, la question prioritaire pour son avenir sera sa capacité à intégrer les travailleurs actifs, ceux qui ont un emploi régulier. Sans cela, le mouvement ne pourra que péricliter, tôt ou tard. Les assemblées de quartier, qui se tiennent à des horaires et des jours adaptées à la participation de ceux qui travaillent, constituent un instrument fondamental pour que se développe le virus de l’auto-organisation et de l’anti-capitalisme à l’intérieur des usines et des bureaux.

La grande question sera de savoir si les syndicats, mais aussi les tendances dans le mouvement qui telles DRY tiennent un discours plus qu’ambigu sur la question, parviendront à l’empêcher. Ce que l’on a vu dans ce domaine, jusqu’à présent du moins, montre que ce qui est possible dans la rue et dans les places publiques, sera plus difficile sur le terrain que les syndicats encadrent et surveillent si soigneusement. Mais ce n’est peut-être qu’une question de temps. L’évolution générale de la société capitaliste est suffisamment terrifiante, l’impuissance de ses responsables politiques et économiques est suffisamment criante pour que l’idée générale de la nécessité d’une révolte générale et auto-organisée contre l’ordre établi apparaisse de plus en plus comme une évidence. Les ‘indignados’ et leur écho dans le monde sont le produit de cette réalité.

 

Raoul Victor, le 24 juin 2011

 

[1] Tout comme pour les mouvements dans les pays arabes, il y a ici aussi un facteur de génération qui entre en jeu. Les jeunes qui participent à ces mouvements sont moins traumatisés par le mensonge du ‘socialisme réel’ qui a tant marqué le 20ème siècle et par celui de son effondrement, supposé démontrer qu’au delà du capitalisme il ne peut rien exister. A cela s’ajoute la familiarité avec les nouvelles technologies qui jouent un rôle important dans l’émancipation de l’action sociale vis-à-vis des institutions chargées de l’encadrer comme les syndicats et les partis politiques.

[2] On trouvera quelques images des manifestations à Madrid le 19 juin à : http://www.youtube.com/watch?v=MwwP... http://www.youtube.com/watch?v=albs...

[3] Ce problème prend actuellement en Espagne une ampleur particulièrement importante du fait de la coutume d’acheter plutôt que de louer son logement, d’une part, et, d’autre part, la violence de la crise immobilière en cours qui fait s’effondrer les prix des logements, et donc leur capacité à couvrir le montant des hypothèques. On compte plus de 5 millions de logements vides actuellement. Les banques ont fait procéder à plus de 15 000 expulsions et récupération de logements (‘desahucios’) au cours du premier trimestre de 2011, soit plus de 30 par heure (ouvrable) : http://www.consultingcredit.com/blo...

[4] On trouve une liste de toutes les assemblées locale actives en Espagne, ainsi que des informations sur leur activité au site : http://madrid.tomalosbarrios.net/

[5] Lors d’une récente mobilisation contre une expulsion, le leader d’Izquierda Unida, (le parti de gauche dont l’ancien PC est la principale composante), qui prétendait y participer et faire des déclarations à la presse, fut insulté et arrosé d’eau par les "indignés" : http://www.elpais.com/articulo/espa...

[6] À l’occasion d’une manifestation (15 juin) pour empêcher les parlementaires catalans de se réunir, un groupe de provocateurs infiltrés furent repérés par les participants. Il fallut l’intervention de la police pour les libérer. Le film de la scène fut rapidement mis sur Youtube, mais peu de temps après son accès fut interdit. https://www.youtube.com/watch?featu...

Le problème des provocateurs dans les mouvements sociaux n’est pas un mythe. Francesco Cossiga, le sulfureux homme politique italien, récemment décédé, maintes fois ministre (dont de l’Intérieur lors de la mort d’Aldo Moro), plusieurs fois chef de gouvernement, président de la république et enfin sénateur à vie, avait été particulièrement clair dans une interview accordée en 2008 à l’occasion du mouvement contre la loi Gelmini (réductions drastiques du personnel dans l’éducation, un million de manifestants à Rome le 30 octobre 2008) : "Cossiga : Maroni [ministre de l’intérieur] devrait faire ce que je fis quand j’étais ministre de l’intérieur. [...] D’abord, laisser tomber les lycéens. Il suffit de penser à ce qu’il se passerait si un gamin était tué ou gravement blessé... Le journaliste : Et les universitaires ? Cossiga : Les laisser faire. Retirer les forces de police des rues et des universités, infiltrer le mouvement avec des agents provocateurs qui soient prêts à tout, et laisser pendant une dizaine de jours les manifestants détruire les magasins, mettre le feu aux voitures et les villes à feu et à sang. Le journaliste : Et après ça ? Cossiga : Après, forts du consensus populaire, le son des sirènes des ambulances devrait surmonter celui des voitures de police et des carabiniers. Le journaliste : Dans quel sens ? Cossiga : Dans le sens que les forces de l’ordre ne devraient pas avoir pitié et les envoyer tous à l’hôpital. Non pas les arrêter parce qu’après les magistrats les remettraient en liberté, mais les taper, et taper aussi les les professeurs qui l’encouragent." (Libération, 21 novembre 2008)