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Après l’avoir soutenu, les ‘Démocraties’ laissent Kadhafi mettre la Lybie à feu et à sang + 3ème communiqué du PCInt - Le Prolétaire

 

« Quand une bourgeoisie écrase son peuple dans le sang, elle ne défend pas seulement son pouvoir, ses privilèges, sa domination ; elle défend aussi les intérêts de domination sociale et politique des autres bourgeoisies, auxquelles elle demande d’ailleurs de l’aide. La concurrence entre les bourgeois et leurs États est la règle sous le capitalisme et cette concurrence débouche souvent sur des guerres ; mais face aux prolétaires et aux masses prolétarisées dont le mouvement affronte les régimes politiques en place et risque d’ouvrir la voie à la lutte prolétarienne anticapitaliste, leurs différents sont mis de côté : toutes les bourgeoisies collaborent pour assurer, d’une façon ou d’une autre, le retour à l’ordre. »

 

Cette leçon tirée par Le prolétaire nous rappelle que les travailleurs n’ont rien à attendre de ‘leurs’ États, qu’ils soient démocratiques ou totalitaires. Lorsque les intérêts de ces derniers sont réellement menacés, lorsque les exploités remettent en cause le pouvoir de ceux qui les dominent, ceux-ci n’hésitent pas à répondre par le plomb, la mitraille et les prisons. Derrière le bain de sang perpétré par Kadhafi (10.000 morts et 50.000 blessés selon les estimations), la vraie responsabilité en incombe à tous ceux qui l’ont soutenu, au système capitaliste qui porte la guerre et les massacres comme la nuée porte l’orage.

Ce que craignent le plus ceux qui dominent ce monde, c’est que le vent de la révolte serve d’exemple à tous les exploités et prolétaires de la terre comme ces travailleurs américains qui occupent le parlement du Wisconsin à l’image de la place de la libération au Caire. C’est pourquoi les médias des pays ‘démocratiques’ nous assènent en permanence l’idée que ces troubles sociaux seraient le résultat de régimes dictatoriaux : ils essaient de nous faire croire que l’exemple donné par les exploités de ces pays serait illégitime dans les pays ‘démocratiques’. Rien n’est plus faux, la démocratie n’a jamais hésité à réprimer dans le sang lorsque ses intérêts étaient menacés. L’histoire passée et récente en fourmille d’exemples.

En laissant le boucher Kadhafi et ses corps-francs mettre la Lybie à feu et à sang, ceux qui dominent ce monde veulent faire passer un message de peur à tous ceux qui auraient encore des velléités de lever l’étendard de la révolte : « Si vous vous faites massacrer, nous ne bougerons pas ! ». Toutes les bourgeoisies du monde veulent arrêter cette vague de révoltes dont elles ne savent où elle finira et dont elles craignent la contagion. Pour cela, tous les moyens sont bons, y compris ceux visant à terroriser les populations par la peur et les massacres. Dans cette besogne, ce sont en général les ‘mauvais’ qui sont appelés à faire le sale boulot comme lorsque Hitler a écrasé la commune de Varsovie en juillet 1944 et que l’armée de Staline a sagement attendu avant de continuer son avancée, ou comme Bush père qui a laissé Saddam Hussein massacrer les révoltes qui grondaient en Irak lors de la première guerre du Golfe, etc.

Les grandes ‘démocraties’ sont impuissantes face à ce vent de révoltes. Elles ont d’abord soutenu les dictateurs en place, puis elles ont fait des ronds de jambes pour masquer leur hypocrisie, et aujourd’hui elles essaient de faire oublier leurs forfaitures en jouant aux parangons de la vertu. En réalité, elles n’ont pas de solution immédiate de rechange dans ces pays. Dès lors, tant que le pouvoir bourgeois reste vacant, elles préfèrent attendre. Kadhafi a donc le temps de massacrer en paix. Il sera temps de le « jeter » quand une solution politique de rechange sera enfin trouvée.

C’est pour participer à la dénonciation d’une telle hypocrisie que nous reprenons et diffusons une prise de position sur les événements en Lybie écrite par le groupe Le Prolétaire du Parti Communiste International et à laquelle nous souscrivons très largement.

 

Controverses, Forum pour la Gauche Communiste Internationaliste, le 28/02/2011

 

Benghazi, Derna, Al Baïda, Tobrouk, Zintan, Tripoli : Les émeutes qui ont secoué la Tunisie et l’Egypte s’étendent à la Libye où Kadhafi tente de les noyer dans le sang

 

20 février 2011. Des informations non officielles parlent de 200-250 morts et plus de 1000 blessés. Les manifestations de protestation ont éclaté dans les villes libyennes les plus importantes à la suite de la vague de révolte qui touche les pays arabes du Maghreb et du Moyen-Orient, jusqu’au Golfe Persique et l’Iran. Les manifestants affrontent à mains nues les forces de sécurité libyennes ; les autorités de Tripoli, craignant la fraternisation de détachements de l’armée et de la police avec les masses qui manifestent, ont fait appel à des mercenaires super-équipés venus de pays voisins : ils ont l’avantage de ne pas avoir de liens ou de rapports tribaux avec les habitants, en particulier avec les populations berbères et touaregs de Cyrénaïque, traditionnellement rebelles.

La crise économique mondiale a eu, semble-t-il, moins de conséquences qu’en Tunisie, en Algérie ou en Egypte. Cela n’empêche pas que le chômage tourne autour de 30% dans ce pays de 7 millions d’habitants (sans compter un million d’immigrés « clandestins »). Le malaise social, couplé à un climat oppressant d’autoritarisme et de contrôle politique omniprésent par le pouvoir, à l’interdiction du droit de grève, d’organisation et de manifestation, a trouvé dans les révoltes des pays voisins un exemple à suivre. Comme une gigantesque force tellurique, une poussée matérielle à se libérer de brutaux régimes oppressifs secoue le sous-sol économique et social de pays entiers, conduisant les prolétaires, les masses prolétarisées, petite-bourgeoises et paysannes, à un refus spontané et généralisé de l’ordre établi. Les objectifs sont simples, dramatiquement limités et vagues : en finir avec la corruption et le pouvoir dynastique des Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi, obtenir des droits démocratiques, mais, surtout, du travail et du pain. Et comme en Tunisie et en Egypte, les autorités en Libye y répondent par le seul moyen immédiatement à disposition pour faire face à un mouvement de protestation pacifique et arrêter la contestation de leur pouvoir : la répression sanglante, les massacres, les tirs sur la foule.

En Libye, comme dans les autres pays pétroliers qui possèdent une matière première vitale pour l’économie des grands pays industriels, la bourgeoisie pense qu’elle a tout intérêt à maintenir les profits qu’elle en tire par tous les moyens, y compris en imposant la paix sociale par une répression bestiale : cet intérêt est partagé par les bourgeoisies impérialistes d’Europe et d’Amérique, même si celles-ci sont prêtes en quelques jours à abandonner les régimes autoritaires qu’elles ont soutenus et armés pendant des décennies, voire à manœuvrer en sous-main pour faciliter une « transition » qui ne change rien d’essentiel et permet de reprendre les affaires, une fois passée la tempête sociale. C’est ce qui explique le silence embarrassé des classes dominantes européennes ou les timides appels d’un Obama à mettre fin à la répression violente des manifestations et à accorder plus de liberté et de démocratie. Que pourrait-on attendre d’autre des bourgeoisies impérialistes dominantes, bien plus criminelles encore que les bourgeoisies arabes ? D’autre part tant que les mouvements sociaux ne débordent pas des limites de la démocratie bourgeoise, des droits bourgeois, tant qu’ils ne s’attaquent pas à la propriété privée et au capitalisme et même s’ils devaient prendre la voie de l’islamisme, ils ne sont pour elles qu’un demi-mal par rapport à l’éclatement de la lutte de classe, de la lutte directe du prolétariat contre la bourgeoisie et son système économique.

* * *

En 1969 un coup d’État militaire dirigé par un jeune colonel, Kadhafi, renversait le roi Idris Premier, à la tête d’un régime corrompu à la solde de la Grande-Bretagne et surtout des États-Unis. Le nouveau régime prit le nom de « Grande République Arabe Populaire et Socialiste de Libye ». Inutile de dire que derrière une idéologie inspirée de panarabisme nassérien et de social-démocratisme européen, il n’y avait rien de socialiste dans ce pouvoir qui jouait sur un nationalisme anti-américain. Les premières mesures sociales furent le doublement des salaires, la mise en place d’un corporatisme associant les ouvriers à la gestion des usines, l’instauration d’une législation fondée sur le Coran, l’interdiction de l’alcool, la fermeture des lieux nocturnes, etc. Se faisant le champion de la revanche sur les anciens colonialistes, Kadhafi confisqua les propriétés des anciens colons italiens en même temps qu’il nationalisait les sociétés pétrolières pour « restituer au peuple libyen les richesses usurpées par les oppresseurs », selon les termes de son « Livre Vert » (1976). Ces réformes et cette démagogie étaient nécessaires pour gagner un soutien populaire au nouveau régime. La France de Pompidou, avide de profiter des déboires des impérialistes anglo-saxons dans un pays producteur de pétrole, accorda son soutien à Kadhafi en lui vendant des armes modernes (avions Mirage, etc.).

La Libye est aujourd’hui le premier fournisseur en pétrole de l’Italie et elle a tissé des liens étroits avec nombre d’entreprises de l’ancien colonisateur (comme Fiat). Voilà la raison pour laquelle Berlusconi vient de déclarer qu’il ne protestait pas devant la répression dans ce pays, parce qu’il ne voulait pas « déranger » le gouvernement libyen ! Quant au gouvernement Sarkozy, qui courtise Kadhafi et, depuis de nombreux mois multiplie ses efforts pour accroître les ventes françaises en Libye (y compris d’armements), il a gardé un silence assourdissant. En clair, ces réactions signifient : réprimez et massacrez, cela ne nous regarde pas !

Mais cela regarde les prolétaires de France et des autres pays, à commencer par ceux des pays méditerranéens !

Tout ce qui arrive dans les rues de Tunis, du Caire, d’Alger, de Bengazi, de Manama (Bahrein), de Saana (Yémen), etc., concerne les prolétaires parce que lorsque les bourgeois répriment dans le sang des mouvements sociaux qui demandent du pain, du travail, la liberté de s’organiser, ils agissent en tant que classe dominante contre les classes dominées et en premier lieu le prolétariat dont ils tirent la plupart de leurs profits. Quand une bourgeoisie écrase son peuple dans le sang, elle ne défend pas seulement son pouvoir, ses privilèges, sa domination ; elle défend aussi les intérêts de domination sociale et politique des autres bourgeoisies, auxquelles elle demande d’ailleurs de l’aide. La concurrence entre les bourgeois et leurs États est la règle sous le capitalisme et cette concurrence débouche souvent sur des guerres ; mais face aux prolétaires et aux masses prolétarisées dont le mouvement affronte les régimes politiques en place et risque d’ouvrir la voie à la lutte prolétarienne anticapitaliste, leurs différents sont mis de côté : toutes les bourgeoisies collaborent pour assurer, d’une façon ou d’une autre, le retour à l’ordre.

Sur ce plan aussi, il faut que les prolétaires tirent les leçons des événements en cours. Les mouvements actuels, avec leurs morts et leur blessés, leurs emprisonnés et leurs torturés, expriment le mécontentement social en termes de démocratie, de changement de gouvernement ; ils peuvent arriver à faire tomber des autocrates et leurs familles, mais le pouvoir, restant solidement entre les mains de la bourgeoisie, continuera à être un pouvoir capitaliste ; il continuera à défendre les intérêts de la classe dominante, utilisant peut-être des méthodes en apparence différentes, au moins au début, mais qui seront toujours autoritaires et qui s’appuieront sur un militarisme croissant. C’est là une tendance générale, même si en raison de leurs traditions historiques te des ressources à leur disposition, cet autoritarisme et ce militarisme qui expriment la dictature de la bourgeoisie, sont camouflés dans les pays impérialistes par un voile - toujours plus mince ! - de formes démocratiques et parlementaires.

En Libye comme en Italie, en Tunisie ou en Algérie comme en France, en Egypte comme aux États-Unis, dans tous les pays, les prolétaires sont des frères de classe en tant qu’esclaves salariés ; mais aussi en tant que cibles de la répression qui les frappe ou les menace partout, parce qu’ils sont la seule classe qui, en s’organisant sur le terrain de la lutte immédiate indépendamment des forces bourgeoises, religieuses ou collaborationnistes, et sur le plan politique, en s’organisant en pleine autonomie en parti de classe, a la possibilité non seulement de répondre coup pour coup aux attaques bourgeoises, mais d’aller vers la conquête du pouvoir, vers la destruction de l’appareil d’État et l’instauration de sa propre dictature, condition indispensable pour émanciper l’humanité du capitalisme et de toutes ses horreurs.

Les mouvements en cours ont ouvert une nouvelle page dans les contradictions sociales exacerbées qui caractérisent le capitalisme,

Aux prolétaires d’ici d’y répondre en rompant la collaboration entre les classes et en rejetant la mystification démocratique pour se lancer dans la voie de la lutte de classe !

 

Le 20 février 2011, Parti Communiste International, www.pcint.org