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TCI : Un peu de clarté sur la naissance de l’« Institut Onorato Damen »

Battaglia Comunista – n°9 – 2009

Ci-dessous, nous publions la prise de position sur la constitution de l’Instituto Onorato Damen que Battaglia Comunista nous a envoyée.

 

Le 30 avril de cette année a été créée une association sous le nom d’« Istituto Onorato Damen » http://www.istitutoonoratodamen.it/joomla/. Elle est formée par les camarades qui ont constitué durant plusieurs années la section de Catanzaro du Parti Communiste Internationaliste (PCInt http://www.leftcom.org/fr). Ces camarades ont été formellement exclus de l’organisation le 10 mai lors de l’AGM [1], mais avant tout parce que l’ex-section de Catanzaro avaient déjà quitté les rangs du PCInt et donc de son Bureau International pour former l’association mentionnée ci-dessus. Nous avions décidé de ne pas commenter la naissance de cet institut afin d’éviter des polémiques inutiles. Nous avons appris depuis lors que cette association a produit un document ("Punto e a capo..." http://www.leftcommunism.org/spip.php?article180) qui a été envoyé, entre autres, à nos lecteurs et sympathisants car ils détiennent toujours notre liste d’abonnés. Dans ce document, ils nous attribuent des positions qui ne font absolument pas partie de notre patrimoine politique, positions que nous condamnons et contre lesquelles nous luttons. Nous sommes donc obligés d’apporter une petite précision pour nos lecteurs et sympathisants.

Si nous voulions vraiment porter un jugement complet sur le comportement politique de ces camarades, nous aurions besoin d’une brochure entière. Il y a tellement de comportements de leur part que nous pourrions relever, mais le risque serait de nous perdre dans une polémique futile. Nous avons donc décidé de ne considérer que les aspects qui nous permettent de souligner combien leur méthode politique était erronée et fausse pour critiquer puis quitter le Parti Communiste Internationaliste.

Venons-en au fait. Dans leur document (« Punto e a capo… ») ils soutiennent que notre organisation s’est récemment orientée vers des positions mouvementistes, situationnistes et anarcho-syndicalistes. Ce document est daté du 30 Juillet 2009, mais la théorie concernant certaines déviations politiques présumés a été avancée par un de ces camarades en Octobre 2007 lors d’une réunion du Comité Exécutif (CE) [2]. La discussion au sein du CE a pris fin avec le camarade quand il a été mandaté pour préparer un document pour tous servant comme base de départ pour un travail de formation sur la question de la relation entre le parti et la classe. Ce camarade n’a jamais produit le document en question. En remontant à la réunion du CE d’avril 2007, ce même camarade s’était chargé, en collaboration avec le reste de la section de Catanzaro, de préparer un document servant d’introduction à un travail de clarification pour les membres du parti sur le thème de la conscience de classe et de l’intervention. Ce document n’a, lui aussi, jamais été produit. Mais alors, pourquoi ces camarades n’ont-ils pas posé la question de l’existence d’une déviation politique lors de l’AGM d’avril 2008 ? De plus, en décembre 2008, dans une lettre adressée à la CE, la section de Catanzaro a proposé la convocation d’une assemblée générale dont l’ordre du jour aurait été l’approbation d’un document pour exprimer clairement notre conception des rapports parti/classe et de la question de l’intervention. Pour la troisième fois consécutive, ce même camarade de Catanzaro s’est chargé de rédiger ce document pour l’envoyer à la CE et à tous les militants en vue de l’AGM. Or, ce document n’est jamais arrivé parce ces camarades avaient étonnamment décidé de ne pas assister à cet AGM qu’ils avaient pourtant convoqué ! L’Assemblée Générale des Militants s’est dûment tenue les 9 et 10 mai [3]. La première journée a été entièrement consacrée à la discussion des questions soulevées par les camarades de Catanzaro qui, comme nous l’avons déjà dit, avaient déjà décidé de ne pas y prendre part.

Ils avaient théorisé la présence d’un glissement ou d’une dérive politique et ils ont amplement eu l’occasion de traiter cette question de façon sérieuse. Vous ne pouvez pas avancer une critique aussi grave pour refuser ensuite de participer à l’Assemblée Générale des Militants (qui, pour nous, est l’équivalent d’un congrès).

Avancer l’idée qu’il existe une dérive politique et ne pas se présenter au congrès appelé à en discuter ne peut être pris au sérieux. Ces camarades affirment avoir réglé la question par un courriel. Ils prétendent que les réponses qu’ils ont reçues de la part des autres camarades à leurs commentaires par courrier électronique étaient brèves et superficielles. Mais enfin, nous parlons ici d’une dérive politique présumée du Parti Communiste Internationaliste, d’une discussion si grave et importante qu’il était nécessaire d’en discuter au congrès ou à l’AGM ! Au lieu de cela, ces camarades se sont livrés à un comportement totalement destructeur qui a outrepassé le principe du centralisme démocratique. C’est un comportement qui est à des années-lumière de la tradition politique de la Gauche Communiste et du Parti Communiste Internationaliste en particulier.

Tel est l’un des deux aspects dont nous souhaitions informer nos lecteurs. L’autre aspect concerne l’absence de fondement à leur accusation de dérive mouvementistes [4]. Malgré l’absence de ces camarades, l’AGM s’est tenue sur les questions politiques qu’ils avaient posées. Il a également été décidé de produire un document à usage interne pour notifier le contenu de cette réunion. Nous avons décidé d’en faire un compte rendu public (« A propos des derniers événements douloureux ») afin de clarifier - pour nos lecteurs et sympathisants - les questions politiques soulevées par nos ex-camarades. Comme nous l’avons déjà dit, l’accusation d’une dérive n’a aucun fondement et, de toute façon, ces camarades auraient eu toutes les opportunités au cours de l’AGM pour clarifier cette question (ou du moins d’essayer !) s’ils avaient été disposés à le faire.

Ces camarades ont maintenant formé une association en prenant, malheureusement, le nom d’Onorato Damen. Sa naissance a été annoncée par un "communiqué" dans lequel on peut lire : « Un tel institut a pour fin, l’étude, la recherche et la diffusion des principes du socialisme scientifique consolidés au fil du temps par la gauche communiste internationale contre le stalinisme et toutes les formes d’opportunisme ». Un opportunisme que condamnent ces camarades en paroles, mais qui semble les inspirer en pratique. Ce "communiqué" a été envoyée, entre autres, à tous les épigones du bordiguisme, au CCI et ses dissidents, aux ex de Lotta Comunista, etc., en fait, à l’ensemble du milieu politique que ces camarades avaient toujours, justement, fortement critiqué. Ils ont également envoyé ce communiqué à notre adresse centrale, même si nous sommes, selon eux, des mouvementistes et des situationnistes, etc.

Dans ce communiqué nous lisons : « Cette tâche de recherche, d’élaboration et de diffusion distingue l’Institut comme étant essentiellement un lieu de débat qui sera ouvert aux contributions de tous ceux qui en ressentiront la nécessité et qui montreront une certaine sensibilité à ces thèmes et à la perspective historique qui constitue l’objectif final de la lutte d’émancipation et de libération du prolétariat dans sa globalité ». Ouvert aux contributions de tous ceux qui en ressentent la nécessité (quelle nécessité ?), qui montrent une certaine sensibilité (qu’est ce que cela signifie ?) en direction de ces questions. La chose - du moins jusqu’à présent - semble être vague, en dit peu et est donc opportuniste. Quelle sera la plate-forme politique de cette association ?

Comme ils l’énoncent eux-mêmes, l’Institut est essentiellement un lieu de discussion et leur communiqué donne l’impression qu’il est un cercle d’étude ou une maison d’édition. Il s’agit d’un type d’organisation qui a peu d’intérêt pour des révolutionnaires comme nous. Nous ne sommes pas intéressés à nous considérer comme un cercle de discussion parce que nous sommes convaincus qu’une organisation communiste ne peut uniquement se développer qu’au travers de son intervention dans la classe et dans les luttes réelles : « La base solide pour la stratégie du prolétariat est la nécessité du parti de classe comme instrument de la lutte révolutionnaire » (Onorato Damen Battaglia Comunista, 1950).

Nous allons continuer notre travail de formation et d’enracinement des cadres communistes au sein de la classe ouvrière pour construire une organisation politique du prolétariat. Nous maintiendrons toujours, de toutes nos forces, cette intervention dans la classe ouvrière – dans les luttes dans lesquelles elles s’expriment – qui est au cœur de notre travail politique. Ce n’est donc pas par hasard que nous voulons terminer cet article en attirant l’attention sur cette question et ce n’est pas un hasard non plus que nous évoquons les paroles d’Onorato Damen à ce propos : « Nous devons rassembler les forces de la révolution, même en petit nombre, même partiellement détruites, endommagés, hésitantes, à l’intérieur de la lutte des travailleurs, pour les regrouper dans une activité politique militante, et pas seulement dans l’écriture de textes sur une machine à écrire, ce qui est uniquement une activité personnelle et une activité toujours très discutable aussi bien dans ses intentions que dans ses résultats » Onorato Damen, Battaglia Comunista - 11/1958.

 

NZ

 

[1L’AGM représente l’Assemblée Générale des Militants à laquelle tous les membres du PCInt prennent part. Elle agit comme un Comité Central et elle élit l’organe central de l’organisation : le Comité Exécutif ou CE.

[2Ce camarade de l’ex-section de Catanzaro faisait partie de la CE du parti. En fait c’est ce camarade qui joua le rôle principal dans ces événements absurdes.

[3L’AGM a aussi élu le nouveau CE comme il advient chaque deux ans.

[4En se référant à nos articles récents, il devrait être suffisant de lire plus particulièrement l’article “The G20 Meltdown Protest” (BC, mai 2009) et la brochure “Youthful spontaneity and the revolutionary party” pour comprendre combien nous sommes éloignés du mouvementisme.