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Aux origines de l’oppression des femmes

 

Il y a près d’un siècle, la défaite des tentatives révolutionnaires au niveau international [1] n’a pas seulement ouvert une période de contre-révolution mais elle a aussi engendré un gel dans le développement des bases mêmes du marxisme, voire une percolation en son sein de visions héritées du stalinisme. Renouer avec un marxisme vivant et actualisé « dans tous les domaines de la connaissance » constitue une priorité d’autant plus urgente à l’heure actuelle que ce souhait, déjà émis par nos prédécesseurs de la Gauche italienne, n’a pas pu être mené à bien durant cette époque difficile de l’entre deux guerres [2].

Assumer cette tâche aujourd’hui avec autant de rigueur qu’ont pu le faire les révolutionnaires au XIXème siècle constitue une des conditions indispensables pour que le marxisme et la perspective communiste retrouvent ses lettres de noblesse aux yeux de l’immense majorité des exploités. C’est aussi un des facteurs essentiels qui permettra à la Gauche Communiste de surmonter la crise qui la mine depuis une trentaine d’années car les divergences qui la traverse renvoient quasi systématiquement à des désaccords sur des questions de fond qui sont à la base du marxisme [3].

Afin d’alimenter cette réflexion, nous attirons l’attention de nos lecteurs sur une contribution majeure qui actualise un des sujets abordés par Engels dans son ouvrage sur « L’origine de la famille de la propriété privée et de l’Etat » et qui concerne tout un chacun (dont la moitié de l’humanité au premier chef), à savoir : l’oppression des femmes. Cette contribution a fait l’objet d’un ouvrage, d’un blog, d’une brochure de vulgarisation et d’une conférence dont le premier est brièvement présenté ci-dessous et dont les trois autres sont accessibles via ces liens :
- Le blog : http://cdarmangeat.blogspot.com/
- La brochure : http://cdarmangeat.free.fr/?p=d
- La conférence : http://cdarmangeat.blogspot.com/201...

Considérant qu’il y a désormais un avant et un après Darmangeat sur cette question, nous nous réservons l’occasion d’y revenir plus amplement dans une prochaine contribution car cet ouvrage soulève des questions fondamentales qui méritent une discussion très approfondie sur bien des points clés du marxisme.

C.Mcl

 


 

 

La famille a-t-elle toujours existé sous sa forme actuelle ? Si non, peut-on dégager un sens général dans son évolution ? Pourquoi, d’un peuple à l’autre, désigne-t-on ses parents de manières si différentes ? Quelle a été la place des femmes dans la famille, et plus généralement dans la société, au cours des âges ? À quand remonte leur oppression ? Comment s’explique-elle ? Est-elle liée à l’apparition de la propriété privée ? L’humanité a-t-elle connu un stade « matriarcal » où les femmes étaient les égales des hommes, voire où elles les dominaient ?

C’est à ces questions, et à quelques autres encore, que ce livre s’efforce de répondre en s’inscrivant dans un courant de pensée marxiste dont il entreprend d’actualiser certaines conceptions trop longtemps figées.

On sait qu’à la fin du XIXe siècle, Marx et Engels avaient été enthousiasmés par les découvertes de l’anthropologue Lewis Morgan, qu’ils avaient popularisées dans le célèbre ouvrage L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État. Cent vingt-cinq ans après sa rédaction, cet ouvrage reste une référence pour tous ceux qui veulent s’intéresser à ce sujet. Malheureusement, le lecteur d’Engels est souvent bien en peine d’avoir accès à des textes plus récents qui lui permettraient de prendre le recul nécessaire sur des raisonnements établis à partir des connaissances balbutiantes de cette époque. Or, l’auteur du présent ouvrage, Christophe Darmangeat, l’affirme sans ambages : « il y a fort longtemps que les recherches anthropologiques ont invalidé de larges parties des thèses présentes dans “L’Origine de la famille...” et que celles-ci ne doivent plus être considérées autrement que comme des théories historiquement datées, des intuitions certes géniales pour l’époque, mais qui ne peuvent plus désormais être tenues pour correctes. »

Cette lacune, en particulier en ce qui concerne la place des femmes dans les sociétés pré-étatiques, se fait ressentir d’autant plus cruellement qu’elle est loin de concerner le seul courant de pensée marxiste. En fait, c’est souvent l’anthropologie elle-même, en particulier en France, qui s’est depuis longtemps pour ainsi dire désintéressée de cette question. Les dernières décennies n’ont vu paraître quasiment aucun ouvrage en langue française présentant une synthèse raisonnée des connaissances accumulées dans ce domaine - sans même parler de le faire dans un cadre matérialiste. C’est à combler ce manque que le présent livre souhaite contribuer.

L’auteur nous invite donc à un voyage passionnant à travers les âges et les continents, en mobilisant à l’appui de son propos une très large documentation, dont une grande partie était jusque là indisponible pour le lecteur francophone. Dans un style très accessible, brossant un tableau aussi vivant que riche d’informations, il s’adresse au non-spécialiste curieux de ces questions essentielles, à tous ceux qui veulent comprendre le monde et, mieux encore, le changer.

L’ouvrage retrace ainsi les principaux débats qui ont eu lieu depuis un siècle autour de la succession des formes familiales, du matriarcat primitif, de la religion de la Déesse Mère ou de l’origine de l’oppression des femmes. S’appuyant sur les acquis de l’ethnographie et de l’archéologie, il met en relief l’immense variété des institutions et des comportements humains en cherchant à dégager les lois qui les sous-tendent. Et il conclut que sur tous ces points, même s’il convient de rejeter bien des affirmations traditionnellement associées à la théorie fondée par Marx, « ce que l’on sait aujourd’hui du passé lointain de l’humanité, contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier réflexe, n’affaiblit en aucune manière les fondements essentiels de la perspective marxiste. »

 

Ouvrage paru en novembre 2009
Format : 14 x 21 cm / 460 pages
Prix : 20 €
Disponible chez SMOLNY : http://www.collectif-smolny.org/art...
chèque à l’ordre de « SMOLNY » à adresser à l’adresse suivante :
Collectif SMOLNY : Bât. La Pastourelle / 47, route d’Espagne / 31100 TOULOUSE

 

[1] Russie 1917-21, Bulgarie 09/1918, Bavière 11/1918-04/1919, Hongrie 03-08/1919, Chine 1927, Espagne 1936.

[2] « Notre fraction en abordant la publication du présent bulletin ne croit pas pouvoir présenter des solutions définitives aux problèmes terribles qui se posent aux prolétariats de tous les pays. […] elle n’entend pas se prévaloir de ses précédents politiques pour demander des adhésions aux solutions qu’elle préconise pour la situation actuelle. Bien au contraire, elle convie les révolutionnaires à soumettre à la vérification des évènements les positions qu’elle défend actuellement aussi bien que les positions politiques contenues dans ses documents de base. […] Octobre 1917 a été possible parce qu’en Russie existait un parti préparé de longue date, qui avait, au cours d’une série ininterrompue de luttes politiques, examiné toutes les questions qui se posèrent au prolétariat russe et mondial après la défaite de 1905. C’est de cette défaite que surgirent les cadres capables de diriger les batailles de 1917. Ces cadres se sont formés au feu d’une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation : aucun dogme n’arrêta l’œuvre des bolcheviks et c’est justement pour cela qu’ils ont réussi dans leur mission. […] Ceux qui opposent à ce travail indispensable d’analyse historique le cliché de la mobilisation immédiate des ouvriers, ne font que jeter de la confusion, qu’empêcher la reprise réelle des luttes prolétariennes. […] Et cette connaissance ne peut supporter aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme. […] Notre fraction aurait préféré qu’une telle œuvre se fit par un organisme international, persuadée comme elle l’est de la nécessité de la confrontation politique entre ces groupes capables de représenter la classe prolétarienne de plusieurs pays. Aussi serons-nous très heureux de pouvoir céder ce bulletin à une initiative internationale garantie par l’application de méthodes sérieuses de travail et par le souci de déterminer une saine polémique politique » (Introduction à Bilan n°1 : Bulletin théorique de la Fraction Italienne de la Gauche Communiste, 1933).

[3] Lire notre article « Il est minuit dans la Gauche Communiste » http://www.leftcommunism.org/spip.p....